O tempora ! O Jaurès ! par Emmanuel Martin et Matthieu Niango

Qui profère un
tel impératif ?
Le citoyen
lassé d'entendre les vaincus d'hier et
d'avant-hier promettre la victoire
demain : les jeunes lions que l'attente
finira par changer en éléphants, cela va de
soi ; mais aussi une arrière-garde
chenue, protégée par des bataillons de
militants professionnels, nommés par quelques
puissants féodaux... toutes personnes que
l'on imagine mal abandonner d'eux-mêmes le
commandement où ils ont blanchi avec tant de
délices.
Born again party, par Pierre Haroche

Acte
I : le Congrès manqué.
Les
« querelles d’ego », l’absence de
solidarité ont raison de l’unité du parti.
Les différentes motions refusent de fusionner
et s’en remettent au vote des militants. Mais
est-ce vraiment une mauvaise chose ?
Uniquement si l’on reste attaché à une vision
archaïque du parti où le vote des militants
n’est rien et où les marchandages nocturnes
de la commission des résolutions sont tout.
Une vision quasi clientéliste dans laquelle
les chefs de motion sont suivis aveuglément
par leurs troupes et dirigent le parti entre
eux, en se répartissant des postes à huis
clos. En réalité, l’échec du Congrès a été
une bonne chose car il a permis l’avènement
de la démocratie et de la
transparence.
Un Américain au PS, par Pierre Haroche

Soudain, il me demanda avec ingénuité : ”Mais ce vote, que décide-t-il au juste ?” Je répondis, en confiance : ”Il décide de la nouvelle majorité qui dirigera le parti.
"The Change we need": sens de l'histoire et révolution écologique, par Henry J. Dicks

Dès lors, une question se pose avec acuité: ce "changement" sur lequel Obama a tant insisté pendant sa campagne, dont les Etats-Unis ont, d'après lui, tant besoin, serait-il possible qu'il vienne pour partie de l'Europe?
Discriminer moins pour gagner plus, par Matthieu Niango

Rien n’est dit, en effet, des raisons pour
lesquels les symboles de la République sont
régulièrement attaqués par les populations
d’origine immigrée (ce fut le cas entre autre
d’un France-Maroc en novembre 2007). C’est
ainsi dans l’indifférence générale et sans
commentaire du gouvernement que s’est
déroulé, la semaine dernière, le
procès
de Daytona, une société
fournissant des prestations d’hôtesses de
vente et d’animation, condamnée pour avoir
établi un fichier ethnique à l’usage de
ses clients.
Présidentielle américaine: ce que nous apprennent les débats, par Julien Jeanneney

100€ + 100€ = 1000€, l'inégalité face à la crise, par Jeanne-Marie Roux

Journal italien, par Francesco Avvisati

La déprime semble gagner de plus en plus les
sympathisants du parti démocrate. Produire un
consensus, susciter l’adhésion, agréger les
espoirs, le parti est bien loin aujourd’hui
de remplir ce rôle qui fut jadis celui des
grands partis de la gauche italienne.
En perte de vitesse dans les sondages, les
dirigeants et militants du parti sont
aujourd’hui en mal d’espoir. Le parti se
cherche. Ainsi, la semaine dernière a été
marquée par l’école d’été de Cortona, promue
par les jeunes dirigeants ; l’initiative
témoigne de la volonté de lire la société, de
l’interpréter, pour préparer le passage à
l’action, le changement politique.
Les leçons de La Rochelle, par Mathias Chichportich

Le miroir géorgien, par Pierre Haroche

Le scénario qui s’est joué ces dernières semaines en Géorgie est un grand classique et ressemble même un peu à un cliché, à la manière d’un blockbuster hollywoodien. C’est du moins l’impression qu’il donnerait si les rôles n’avaient pas été si bizarrement distribués. A la surprise du public, ce sont les Russes qui se font cette fois les champions de l’ingérence humanitaire, tandis qu’Américains et Européens endossent les habits ringards des défenseurs de l’ordre établi contre la volonté des peuples.
La réforme du Sénat, un enjeu républicain, par Pierre Haroche

Une
opposition fondée, mais mal expliquée
Or ce refus, au-delà du
simple « réflexe » d’opposition,
constituait surtout une tentative de faire
avancer la réforme du Sénat que beaucoup
d’esprits chagrins disent impossible.
L’exigence d’une majorité de
3/5e empêchait la majorité
d’agir sans l’aval d’une partie de
l’opposition. Dès lors, le PS a tenté
d’utiliser –en vain– cette rare occasion pour
faire évoluer le statut du Sénat.
L’opposition ne se trouve pas souvent en
position de force suffisante pour négocier
avec la majorité. Dans ce cas précis, la
crainte que les socialistes rejettent le
texte en bloc et en empêchent ainsi
l’adoption aurait pu pousser la majorité à
transiger sur la question de la Chambre
haute.
Quel premier secrétaire pour le Parti socialiste ? par Pierre Haroche

Un premier type de critique classique vise
l’excès des ambitions personnelles qui
tendraient à éliminer le débat d’idées et à
« caporaliser » le parti derrière
un chef. C’est aujourd’hui la position des
« reconstructeurs » qui refusent
que le congrès se transforme en duel des
« présidentiables » désignés par
les sondages d’opinion, Bertrand Delanoë et
Ségolène Royal, et en appellent à
l’élaboration d’une « offre
politique » préalablement à la
désignation d’un candidat.
Ingrid Betancourt, la Nelson Mandela du pauvre, par Matthieu Niango

1. Nelson Mandela a lutté activement contre
l’apartheid, ce qui lui a valu une
condamnation à 27 ans de réclusion. C’était
donc un prisonnier politique. Ingrid
Betancourt était candidate à la présidence de
la République lorsqu’elle s’est faite enlever
et enfermer pendant 6 ans par les FARC, des
narcotrafiquants dont elle ne menaçait pas
particulièrement les intérêts. Son
emprisonnement répondait avant tout à des
fins économiques et militaires (elle
constituait avec d’autres otages un bouclier
humain). Ce n’était donc pas une prisonnière
politique.
Qu'apprendre de la crise de la gauche anglaise ? par Henry J. Dicks

1. Brown a pensé davantage à son "couronnement" qu'à un règne dans la durée. Les initiatives lancées à son arrivée n'ont pas été suivies par d'autres réformes significatives.
2. Alors que David Cameron, le chef de l’opposition conservatrice, a intégré l’écologie au sein de l’image de son parti, Brown la conçoit comme un problème supplémentaire. Son idée farfelue de bâtir de nouvelles "éco-villes" dans les régions rurales le démontre très clairement.
"Redistribution écologique" et "Services publics en zone rurale", nouvelles contributions

L'une, consacrée à la redistribution écologique, propose un mécanisme original permettant, par la modification de certains aspects de la fiscalité, d'inciter chacun à adopter un comportement écologiquement vertueux, tout en remplissant un objectif de redistribution sociale en fonction de ces comportements.
L'autre, consacrée à la question des services publics en zone rurale, énonce plusieurs propositions pour pérenniser et moderniser, de façon réaliste, la présence de l'Etat dans tout le pays, dans un double objectif de développement économique et de recherche d'une plus grande égalité des territoires.
Bonne lecture!
Francesco Avvisati, Mathias Chichportich, Henry J. Dicks, Manon Garcia, Pierre Haroche, Harold Huwart, Damien Ientile, Julien Jeanneney, Emmanuel Martin, Matthieu Niango, Jeanne-Marie Roux
Une visite d'Etat au Gabon, par Matthieu Niango

Un jour, je me promenais à
Libreville avec un ami gabonais. Comme dans
beaucoup de villes d’Afrique noire, les rues
y sont bordées d’échoppes et d’étals de
fruits et légumes. Un groupe de vendeuses
portaient des t-shirts a l’effigie de Nicolas
Sarkozy et d’Omar Bongo, qui dirige le Gabon
depuis quarante et un ans. Je m’étonnai d’une
telle popularité du président de la
République francaise et questionnai donc mon
ami.
Le matin du 27 juillet 2007, mon ami, qui est
taxi, se rendit comme d’habitude au petit
aéroport de Libreville. Sur le tarmac
il vit descendre d’un car du parti
democratique gabonais –le parti de Bongo– un
groupe de femmes portant les fameux t-shirts
et des banderoles du même genre. Il
était six heures du matin.
Où va la Cinquième République ? par Pierre Haroche

L’esprit fondamental de la constitution de
1958 réside dans une innovation majeure : un
régime parlementaire avec à sa tête un
président de la République. La plupart des
tensions que le régime a connues depuis lors
découlent directement de la difficulté de
concilier ces deux aspects
a
priori contradictoires.
En théorie, le premier ministre est censé
assurer la jointure, en étant responsable à
la fois devant le président et le
parlement.
La virginité, "qualité essentielle de la personne" ? par Julien Jeanneney

Nombreuses sont les voix qui se sont élevées –celle d'Elisabeth Badinter entre beaucoup d'autres– pour décrier, à juste titre, la portée rétrograde d'une telle décision par laquelle la République donne raison au mari et à son exigence de virginité.
Une once de distance critique, par Julien Jeanneney

Savoir conserver une once de distance critique est donc le moins que l'on puisse attendre de la part d'un journaliste politique. Lorsque cette distance s'efface, le journaliste s'expose non seulement à un blâme moral, mais il risque le discrédit.
Des municipales au Congrès, par les membres du Club Changer la gauche

Tout d'abord, il faut aller chercher l'énergie là où elle se trouve : dans les collectivités territoriales. La dynamique créée par ce scrutin pourra se concrétiser si la gauche traduit ses succès dans les territoires en propositions de large envergure.
Pensée écologique et troisième voie, par Henry J. Dicks

Après le succès de Clinton, tout le monde
prédisait la victoire d'Al Gore en 2001.
Pourtant, après qu'il a décidé de ne pas
fonder sa campagne sur le danger du
réchauffement climatique, sujet dont on sait
désormais à quel point il lui tient à cœur,
son projet a été critiqué pour son manque de
substance et de valeurs ; c'est là que
s'est jouée toute l’élection. Par la suite,
le virage néo-conservateur des Etats-Unis a
été ravageur pour l'écologie. Après avoir nié
l'existence du réchauffement climatique,
l'administration Bush ne l'accepte
aujourd'hui que pour justifier des
subventions énormes et écologiquement
inefficaces en direction de l'industrie
d'agro-carburants –l'enjeu est bien entendu
de gagner cette industrie, très puissante, à
la cause républicaine.
Un Président redevenu candidat, par Mathias Chichportich

Les suites données à la
décision du Conseil Constitutionnel
concernant la rétention de sûreté illustrent
pleinement la méthode présidentielle. A
propos du principe de non rétroactivité, on
voit mal quel montage juridique pourrait
permettre à la Cour de Cassation de
contourner l’une des pierres angulaires du
droit pénal français et
européen.
Transcender les partis, par Julien Jeanneney

L'idée d'un "front républicain" doit être saluée, dès lors que convergent ces idées, même très larges, qui sont défendues par des personnalités de différents partis. Mais l'initiative, si elle ne doit pas être sous-estimée, ne doit pas non plus être surévaluée: les intérêts d'un jour ne se pérenniseront certainement pas.
Vous vous ennuyez le dimanche ? par Damien Ientile

Plus sérieusement, nul besoin d'être grand clerc pour deviner que ce droit se transformera rapidement en obligation pour les employés. « Mon petit Jean-Luc, si vous veniez le dimanche ? Nous avons un gros manque à gagner. Vous avez le choix, bien entendu, c'est vous qui voyez. Si vous ne voulez pas contribuer à la croissance de l'entreprise, c'est votre droit. » Face à ce risque, qu'on ne peut sous-estimer sans faire preuve d'une excessive naïveté ou d'une cynique mauvaise foi, le travail devrait rester exceptionnel le dimanche - en notant bien qu'une accumulation d'exceptions dissimule souvent un principe !
Le grand méchant Etat ? par Damien Ientile

Même à la tête de l'Etat, la droite relaye et met en œuvre cette vulgate libérale. Vulgate archaïque s'il en est, qui correspond plus au modèle primitif d'une économie figée et fermée de petits producteurs, qu'à l'économie innovante et mondialisée d'aujourd'hui.
Une telle vision antinomique des relations entre les entreprises et l'Etat condamne la France à rester à la traîne de la compétition internationale et de l'économie de la connaissance. La faiblesse de nos exportations, le déficit commercial grandissant et le manque d'innovation de nos entreprises en sont les symptômes alarmants ; et le remède n'est évidemment pas la réduction drastique du rôle de l'Etat, dont les entreprises ont plus que jamais besoin.
Le fétichisme du chiffre, par Francesco Avvisati

En effet, comme le PIB est calculé à partir des bénéfices des entreprises, ces 5 milliards d'euros partis à l'étranger pour une large part (pas en fumée: comme au PMU, avec les options sur les indices boursiers il y a toujours un gagnant et un perdant) pèseront à la fin de l'année dans les chiffres du PIB 2008. 5 milliards d'euros, c'est un quart de point de croissance en moins - vous voulez 3%? il faudra viser maintenant 3,25%. (0,25% de PIB, c'est ce qu'espérait gagner il y a quelques années une autre équipe gouvernementale par l'abolition d'un jour férié).
Si, comme c'est probable, les gagnants de cette "fraude" ne sont pas assujettis à l'impôt sur les sociétés français, 5 milliards de bénéfices en moins c'est aussi (au pif, évidemment) 1,6 milliards de recettes fiscales en moins: une perte d'environ 0,6% des recettes annuelles totales du trésor public. Ce sera d'autant plus dur de maintenir l'endettement en deçà des 3% par rapport au PIB. La bonne nouvelle pour l'Etat, c'est que les bénéfices au titre de l'année fiscale 2007 n'ont pas été touchés, la fraude ayant été découverte en janvier 2008: il y aura le temps de préparer ce choc sur les finances publiques...
Francesco Avvisati
Jeux Olympiques ou développement durable ? par Henry J. Dicks

Le pays a toujours été très fort dans le domaine des grands projets, comme l'illustrent son TGV, son tunnel sous la manche, ses belles centrales électriques ou sa ligne Maginot!
A défaut de Jeux olympiques, pourquoi la France ne lancerait-elle donc pas un nouveau grand projet?
De quels projets la France a-t-elle aujourd'hui besoin? Dans quel domaine peut-elle montrer une voie à suivre pour le monde entier? La réponse n'a jamais été plus claire. Les grands projets doivent aujourd'hui s'insérer dans la lutte collective contre cet ennemi désormais commun qu'est le changement climatique.
Les socialistes et le traité simplifié, par Mathias Chichportich

Au fond on
explique que le texte est une avancée, que la
procédure est inappropriée et qu’il faut donc
s’abstenir de le voter. Adopter cette posture
était selon la direction le seul moyen de ne
pas ouvrir un débat qui aurait laissé l’image
d’un parti fracturé et ce à deux moi du
scrutin municipal. Quel est le résultat d’une
telle stratégie ?
A coup sûr un
message inaudible. Dans une démocratie
médiatique comme la nôtre peu sont les
Français qui ont saisi la position exprimée
par les socialistes. Beaucoup associent
l’abstention au refus de voir le texte entrer
en vigueur, certains y voient l’adhésion
implicite à la méthode employée par le
Président de la République. Peu importe ici
ce que l’on pense du texte, le PS aurait
gagné à tenir un discours cohérent. Dire que
le Parlement n’a pas à désavouer le peuple et
qu’il convient par là même de ne pas
autoriser la ratification. Dire que le Traité
permet un pas en avant et qu’il convient de
ce fait de réviser la Constitution. Voilà qui
aurait donné l’image d’un parti qui prend ses
responsabilités.
Taxer les cadeaux de l'Etat ? par Damien Ientile

On sait aussi que les grands travaux de l'Etat génèrent parfois des externalités négatives, qui nuisent aux riverains, mais sont justifiées par l'intérêt général. Les désagréments provoqués par la construction d'une nouvelle autoroute permettent au voisinage, souvent constitué en association, de demander des indemnités.
Bien injustement, on entend moins parler de ces riverains heureux qui bénéficient personnellement d'externalités positives, véritables cadeaux de l'Etat. Les voisins d'un nouveau musée ou d'un nouveau parc, par exemple, qui voient la valeur de leur appartement doubler dès l'annonce de la mise en ouvre du projet : il s'agit ici de bénéfices privés, bien loin des externalités positives qui potentiellement profitent à tous (comme la visite du musée ou les promenades dans le parc).

