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Où va l'Europe ?, par Pierre Haroche

Verona


Un Président de la Commission européenne élu au suffrage universel direct. Cela a été peu commenté mais Angela Merkel a avancé cette proposition à plusieurs reprises cette année. Au-delà de la recherche d’un équilibre entre solidarité financière et intégration budgétaire, qui focalise aujourd’hui toutes les attentions, l’autre enjeu majeur de ces prochaines années sera en effet la recherche d’un équilibre entre intégration et préservation du pouvoir démocratique des citoyens.

Alors que beaucoup y voyaient les prémisses d’une dissolution de l’Europe, la crise budgétaire actuelle s’est révélée être un puissant moteur d’intégration. La perspective qui se dessine aujourd’hui est celle d’une politique budgétaire européenne dont les budgets nationaux ne seront peut-être bientôt plus que de simples mises en œuvre, encadrées par le Conseil européen et contrôlées par la Commission. Il s’agit d’une révolution historique car même des Etats fédéraux bien plus centralisés que l’Union européenne, ne disposent pas du pouvoir de contraindre les budgets des Etats fédérés. Si cette solution peut être acceptable pour certains gouvernements qui y voient une façon de maîtriser une interdépendance financière qui s’impose à eux de fait, il en va tout autrement pour les parlementaires et les citoyens. Les parlements qui votent les budgets et les peuples qui élisent les exécutifs sur la base d’engagements électoraux risquent ainsi de se voir largement dépossédés de leur pouvoir. Comme nous l’avons déjà vu en Grèce à l’occasion du projet avorté de référendum, lorsque les gouvernements sont essentiellement contraints par leurs engagements européens, la démocratie interne est court-circuitée. Si le pouvoir budgétaire en vient à devenir l’apanage du Conseil européen, les parlementaires et les citoyens risquent de voir leur capacité de contrôle largement dissoute dans les arcanes des tractations bruxelloises.

Cette situation ne serait pourtant pas nouvelle. Dans les années 1960, la mise en place de la politique agricole commune avait créé un problème assez semblable. Le financement de la PAC prévoyait en effet la création de ressources propres des communautés, c'est-à-dire de fonds directement prélevés au niveau européen et donc ne transitant plus par les budgets votés au niveau national. Les parlementaires nationaux s’étaient alors lancés dans une véritable fronde, menaçant de saborder le financement de la PAC si des contreparties ne leur étaient pas offertes. Les gouvernements acceptèrent finalement de céder des pouvoirs budgétaires au Parlement européen, restituant ainsi, au niveau européen, les pouvoirs que les parlementaires perdaient au niveau national.

Dans les années à venir, un compromis de ce type pourrait émerger. Si les grandes orientations budgétaires doivent être déterminées au niveau européen, les parlementaires nationaux pourront exiger non seulement d’être étroitement associés à ces discussions mais aussi qu’un droit de veto y soit reconnu au Parlement européen, afin de compenser la perte de marge de manœuvre des débats budgétaires nationaux. De la même manière, il est permis de penser qu’une nouvelle évolution des traités n’aurait que peu de chances d’être acceptée par les peuples si elle ne devait conduire qu’à vider de leur sens les engagements électoraux et la responsabilité des gouvernements. Après avoir concédé la constitution d’un parlementarisme européen pour compenser l’affaiblissement du parlementarisme national, les gouvernements pourraient être contraints de concéder des pouvoirs au suffrage universel européen. L’élection du Président de la Commission au suffrage universel direct conférerait au vote du citoyen européen un poids nouveau, en compensation de l’affaiblissement du poids des élections nationales. Et elle rendrait plus acceptable son rôle de contrôleur des finances des Etats membres.

L’advenue d’une véritable démocratie européenne, longtemps considérée comme une lointaine utopie pourrait ainsi être considérablement accélérée par la crise financière actuelle. Non pas du fait d’une soudaine prise de conscience identitaire ou de la constitution d’un espace public unifié, mais simplement par la nécessité de négocier avec des citoyens peu enclins à renoncer à leurs prérogatives au nom de la rationalisation budgétaire.

Les institutions européennes sont, à l’image du mythe de l’enlèvement d’Europe, marquées par un double mouvement : une course en avant vers l’intégration, entraînée par les crises et leurs violents bouleversements, que personne n’avait souhaités ni même anticipés ; un regard en arrière pour ce que les nations sont contraintes d’abandonner, et qu’il faudra rebâtir, sur un nouveau rivage.


Pierre Haroche

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Hollande avait raison, par Pierre Haroche



Depuis le début de la campagne, la gauche n’a cessé d’affirmer qu’une politique d’équilibre budgétaire devait impérativement s’accompagner d’une politique de relance de la croissance. François Hollande s’est même engagé, une fois élu, à prendre l’initiative au niveau européen d’un "pacte de responsabilité, de gouvernance et de croissance". A cela, la droite a cru bon de répondre en ricanant : les socialistes veulent faire de la France une nouvelle Grèce ; vouloir relancer les négociations européennes est totalement irréaliste puisque le traité de discipline budgétaire vient à peine d’être signé.

Avant la réponse des électeurs, ce débat est en train d’être tranché par… la réalité. Il semble en effet que les socialistes français aient été parmi les premiers à défendre une idée que l’épreuve des faits rend aujourd’hui incontournable en Europe. C’est d’abord Mario Monti, l’ancien de chez Goldman Sachs, le technocrate chargé de rassurer les marchés et d’assainir les finances italiennes qui a opéré un virage à 180° : "Tout, tout, tout ce que nous faisons maintenant doit bénéficier à la croissance" a-t-il annoncé, après avoir constaté que l’austérité forcenée finissait par être contre-productive. Puis ce fut au tour l’autre Mario sorti de chez Goldman Sachs, le Président de la BCE Mario Draghi de défendre devant le Parlement européen l’idée d’un "pacte de croissance" pour la zone euro. Autrement dit, l’orthodoxie est en train de changer de camp. Et l’idée d’une nouvelle négociation européenne sur la croissance n’est plus du tout une vague utopie.

Tout aussi significatif est l’exemple du Royaume-Uni. Le gouvernement conservateur de David Cameron a incarné depuis le début de son mandat l’exemple extrême de la priorité absolue donnée aux coupes budgétaires. Face à une opposition travailliste qui l’accusait d’aller « trop loin et trop vite » et n’avait de cesse de l’appeler à préserver la croissance, le Premier ministre répondait comme en France : avec vous, nous serions la nouvelle Grèce ! Les chiffres viennent pourtant de donner leur verdict : non seulement depuis le début de l’année le royaume est de nouveau en récession, mais dans le même temps les finances publiques n’ont cessé de se dégrader, obligeant à de nouveaux emprunts record. Pour paraphraser un ancien Premier ministre : ceux qui croient pouvoir choisir entre l’équilibre budgétaire et la croissance finissent avec une récession et des dettes.

A l’heure où le Président Sarkozy cherche chaque jour à coller un peu plus au discours du Front National, cette histoire confère à la gauche une tout autre ambition : prendre de la hauteur, fixer un cap et avoir raison avant les autres.


Pierre Haroche

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La rigueur peut-elle être de gauche ?, par Pierre Haroche

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La politique n’est pas qu’un jeu d’échec où la victoire reviendrait au candidat ayant réussi à aligner les meilleurs "coups". C’est aussi un jeu biaisé où l’actualité et les contraintes économiques peuvent favoriser structurellement un camp plus qu’un autre. On se souvient que la réforme des 35 heures, visant à partager le travail en période de fort chômage, a pu paraître décalée lors de sa montée en charge à une époque de fortes créations d’emplois et qu’inversement, la défiscalisation des heures supplémentaires par Sarkozy est intervenue à contretemps, en pleine hausse du chômage. On pourrait en dire autant du bouclier fiscal qui s’est avéré indéfendable en contexte de crise budgétaire et de montée des impôts. Pour être crédible, il ne suffit donc pas de dérouler son programme naturel. Il faut aussi être soutenu par les réalités.

Dans la campagne actuelle, la partition de la droite semble toute écrite : il faut assainir les finances et donc maintenir le cap d’une politique de rigueur ; la gauche dépensière ne ferait qu’aggraver la crise et affoler les marchés. D’un autre côté, le discours de la gauche de la gauche tend à confirmer objectivement cette dernière thèse : une vraie politique sociale ne peut que rejeter radicalement la rigueur par refus de s’inféoder aux marchés. Schématisé ainsi, le débat ne laisse aucune marge à la gauche de gouvernement. D’un côté avaler la pilule de l’austérité ; de l’autre s’en remettre à la planche à billets.

Mais au fait, faire des économies, est-ce fatalement de droite ? En un sens, c’est indéniable. En réduisant les dépenses, on tend à réduire le service public, à privatiser davantage la société et donc à aggraver les inégalités. Mais pour être cohérent, ce constat doit être poussé jusqu’au bout. Si l’Etat ne fait que transformer des dépenses publiques en dépenses privées, fait-on réellement des économies ? La santé démontre clairement le contraire. Alors que les Français consacrent 11% de leur PIB en dépenses de santé, les Américains, avec un système d’assurances essentiellement privées, y consacrent 16% de leur PIB. Pourtant, les Français disposent d’une couverture universelle de bonne qualité alors que 52 millions d’Américains se sont retrouvés sans assurance en 2010. Autrement dit, un euro de dépense publique peut être plus efficace qu’un euro de dépense privée. Et la vraie rigueur n’est pas forcément là où on l’attend. Il vaut parfois mieux augmenter les impôts pour maintenir le service public plutôt que se tourner vers des entreprises prestataires de services privés qui reviendraient plus cher. Prenons un autre exemple, l’éducation. Quand l’Etat réduit les moyens de l’école publique, il pousse aussi des familles à se tourner vers les établissements privés ou les officines de soutien scolaire. Le résultat de cette privatisation silencieuse risque d’être, comme pour la santé, un système plus cher et moins efficace car plus inégalitaire. A moyen terme, les coupes dans les dépenses de l’Etat ne sont donc pas forcément synonymes de gestion rigoureuse, bien au contraire.

En 2007, Sarkozy a lancé la "révision générale des politiques publiques" dont la mesure phare a été le non-remplacement d’un fonctionnaire partant à la retraite sur deux. Pourtant, l’objectif selon lequel chaque euro dépensé doit l’être de la façon la plus efficace possible ne doit pas être dédaigné. La rigueur peut être de gauche, à condition de ne pas être envisagée seulement au niveau de l’Etat, mais à l’échelle de la société toute entière, pour en finir avec les fausses économies qui finissent par alourdir les factures des Français. Les dépenses publiques doivent être évaluées non dans l’absolu, mais en comparaison avec les solutions privées qui rempliraient le vide du désengagement. Car plus un problème est soumis à l’interdépendance des citoyens entre eux et génère des externalités qu’ils ne peuvent maîtriser individuellement, plus il est crucial de lui apporter des solutions collectives, moins coûteuses grâce aux économies d’échelle et plus efficaces grâce à une couverture généralisée de la population. Par exemple, un rapport a montré que la réforme visant à faire payer les sans-papiers pour l’accès aux soins conduisait en réalité à augmenter les dépenses publiques, en incitant les malades à ne pas se faire soigner et donc en retardant la prise en charge et en augmentant les risques de dissémination des maladies. Ou comment le désengagement du public finit par lui coûter cher ! Une révision générale des politiques publiques de gauche devrait ainsi être capable d’ordonner clairement les priorités entre les missions où la dépense publique doit être sanctuarisée voire augmentée, même en période de crise, tout simplement parce qu’elle est plus rentable que la dépense privée et d’autre part les missions où cet avantage est moins décisif ou inexistant. Pour reprendre l’exemple de l’éducation, il devient absurde de ne pas allouer des moyens publics nettement plus importants à l’encadrement personnalisé des élèves, dans la mesure où de plus en plus de parents sont de toute façon prêts à dépenser des sommes importantes pour obtenir ce service du privé si le public n’y répond pas. Une solution passant par l’impôt et l’école publique serait certainement plus rationnelle et plus économique à l’échelle de la société que la solution commerciale qui se développe actuellement. Voilà qui donnerait d’ailleurs un sens nettement plus précis et ambitieux à la promesse de François Hollande de revenir sur les suppressions de postes dans l’Education nationale.

Ceux qui à gauche rejettent l’idée de rigueur budgétaire comme une politique nécessairement de droite sont en fait victimes d’une idée-reçue de droite. Les dépenses publiques seraient un pur coût. Il faudrait les défendre comme un luxe auquel on serait trop attaché pour y renoncer. Profitons de la crise pour nous rappeler cette réalité : le service public, ça sert à faire des économies.


Pierre Haroche

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Zuma, Strauss-Kahn et les grands hommes, par Matthieu Niango

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En mai 2009, Jacob Zuma devenait président de la République d’Afrique du Sud. En mai 2012, Dominique Strauss-Kahn ne deviendra pas président de la République française. Le parallèle entre les deux hommes ne se limite pourtant pas à l’identité des ambitions, ici frustrées, là satisfaites. Tous deux eurent à faire face à une accusation de viol. Tous deux furent victorieux sur le plan judiciaire. Il n’en va pas de même sur le plan politique. Le procès Zuma s’est mû pour ce dernier en catalyseur de popularité. Les épreuves l’ont propulsé hors de portée des feux nourris de ses ennemis, alors qu’elles ont abattu en plein vol l’ancien patron du FMI. Un rapprochement et un écart qui sont bien instructifs sur l’état de la démocratie française.

Au moment des accusations, les deux hommes étaient tenus pour les favoris des élections présidentielles, du fait de leur expérience (ils ont sensiblement le même âge et leur engagement politique ne date pas d’hier), mais aussi parce qu’ils semblaient s’être tenus à l’écart des errements les plus récents de leur camp respectif. En 2007, en portant plainte contre Zuma, c’est à un vice-président qui jouait la carte de la rupture qu’une jeune femme surnommée Kwezi s’attaquait. Zuma se présentait comme le représentant du peuple aux mains liées par les politiques libérales de Thabo Mbeki, alors président de la République. Mais tout le monde savait que son heure viendrait. Depuis sa fonction de directeur du FMI, Strauss-Khan pouvait aussi passer pour l’homme providentiel, qui sortirait de l’ombre au bon moment pour remettre de l’ordre dans les rangs d’un PS dérouté par la brutalité de Nicolas Sarkozy.


Le surgissement des thématiques sordides que le viol emporte avec lui vinrent ainsi troubler ces tableaux radieux. L’écho du procès Zuma se limita pour l’essentiel à son pays (qui n’en perdit pas un détail) tandis que la stature internationale de Dominique Strauss-Kahn valut à son affaire de mœurs une audience sans autre précédent que celle de Clinton. Dans les deux cas, on put observer le décalage entre la temporalité des choses et celle des médias qui en parlent. Une nouvelle "décisive" était réfutée par une autre qu’on pouvait lire le lendemain matin, rapportée avec les mêmes accents de certitude définitive. Incapable de synthèses partielles et de prudence, la presse française s’est ainsi particulièrement illustrée dans cette technique de la nouvelle haletante, que scandait le rythme des jours, insouciant d’un procès qui n’est jamais que de longue haleine.

Puisqu’il fallait, pour
l’affaire Zuma comme pour l’affaire Strauss-Khan, que les colonnes s’emplissent, on a aussi déployé comme jamais l’art de parler pour ne rien dire. Partout chacun semblait avoir choisi son camp avant même que de savoir quoique ce soit. Les Noirs et les amoureux inconditionnels du peuple avaient choisi Zuma dès le premier jour. Les élites politiques, intellectuelles et économiques de gauche (et même parfois de droite) avaient pris parti pour Strauss-Khan au moment même d’apprendre qu’il était arrêté. Le jour même de l’affaire, on put ainsi entendre l’écrivain Pascal Bruckner expliquer doctement aux imbéciles que nous sommes que l’Amérique puritaine trouvait simplement dans l’affaire Strauss-Khan le moyen d’étancher sa passion pour le voyeurisme, et qu’il n’y avait pas là de quoi fouetter un chat.

Ces prises de position hâtives montrent que les cartes politiques sont brouillées. L’avenir de Dominique Strauss-Kahn fut desservi bien malgré lui par ce soutien massif des élites de tout bord, qui n’avaient guère hésité entre la prudence et un soutien que leur dictait leur conscience de classe. Un soutien confirmé ces jours-ci par la joie et les félicitations qui ont fait suite à l’annonce de l’abandon des poursuites pénales.

A quelques mois du moment le plus important de leur carrière, les risques pris par les deux hommes demeurent pourtant inexplicables si l’on s’en tient à une analyse classique de la rationalité. Pourquoi Zuma a-t-il eu un rapport sexuel avec une femme qui le tenait pour son oncle et dont il connaissait l’instabilité psychique ? Pourquoi le candidat Strauss-Kahn a-t-il eu une "relation précipitée" (selon l’expression consacrée par les sexologues) avec une femme qu’il connaissait depuis 10 minutes ? Dans les deux cas, la personnalité des plaignantes et leur comportement juste après les faits ne rendit pas impossible l’idée d’un complot fomenté par l’adversaire, ce qu’auraient dû prévoir de toute façon les deux hommes. Il n’en fut rien. Forces inconscientes qui s’emparent quelque fois de nous et nous font agir à notre détriment. Ces forces, la puissance médiatique contemporaine, malgré tous ses défauts, les place sous les feux de notre réflexion. Qu’il s’agisse de Zuma, de Strauss-Khan, ou de qui que ce soit d’autre, il faut admettre que le Moi n’est pas maître chez lui. On finira peut-être par penser qu’un homme seul n’est pas plus apte à prendre des décisions rationnelles que plusieurs, et que l’idée qui justifie la centralisation politique (on s’entend mieux si l’on est moins nombreux que si l’on est plusieurs) fait trop vite litière des contradictions dont chacun est porteur. Des contradictions que le dialogue avec autrui peut précisément faire éclater au grand jour. On finira peut-être par remiser le mythe du grand homme solitaire, "maître de lui comme de l’univers", au placard des croyances aussi rassurantes que funestes.

C’est probablement cette foi dans l’existence des grands hommes qui fait la différence entre le destin de Strauss-Kahn en France et celui de Zuma en Afrique du Sud. Auréolé par la lutte contre le régime raciste de l’apartheid, soutenu par le peuple dont il se dit le défenseur, le futur président sud-africain était sorti grandi d’un épisode qu’il avait su habilement placer dans la continuité de son combat de l’ombre pour l’égalité entre Blancs et Noirs. Nous sommes quant à nous loin des circonstances qui font les héros politiques. Les grandes qualités d’économiste de l’ancien ministre ne justifiaient pas aux yeux des Français qu’on vole à son secours à tout prix. Strauss-Kahn au sol, le peuple de gauche est passé à autre chose, quoiqu’il en fût de sa culpabilité. En terme de voix, et comme le montrent tous les sondages, le parti socialiste n’a pas grandement souffert du désaveu de son champion le plus brillant. En France, le temps de l’illusion du grand homme semble ainsi devoir s’éloigner inexorablement. Chacun sait désormais qu’il est interchangeable. Il faut s’en réjouir : cela augure d’une prise en main du peuple par lui-même. Et seuls les amoureux du sang et de la mort peuvent vouloir ces guerres et ces crises qui requièrent des personnalités exceptionnelles ou les font naître. Il est à souhaiter que l’intendance institutionnelle suive ici l’évolution des mœurs politiques. Il serait beau que l’élection présidentielle cesse d’être ce rite superstitieux où tout un pays semble jouer son destin sur un coup de dé. Quant à Dominique Strauss-Kahn, il a des raisons aujourd’hui de regretter de ne pas être sud-africain.



Matthieu Niango

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Une sortie lente et réfléchie du nucléaire, par Henry J. Dicks

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L’accident de Fukushima a relancé le débat sur le nucléaire. Certains y ont vu l’échec définitif du projet moderne de la maîtrise de la nature et préconisent une sortie immédiate du nucléaire, d’autres, un argument supplémentaire en faveur du nucléaire –car même la coïncidence improbable d’un séisme et d’un tsunami sur le site d’une centrale n’a pas, jusqu’ici, donné lieu à un seul mort. A chacun de ces deux pôles s’ajoutent tous les arguments classiques : ceux des ‘pro-nucléaires’ (faible émission de gaz à effet de serre, coûts relativement bas, efficacité déjà démontrée, etc.), aussi bien que ceux des anti-nucléaires (risque de graves accidents naturels ou anthropogéniques, problèmes de traitement et de stockage des déchets, faible création d’emplois par rapport aux énergies renouvelables, etc.). Au lieu de reprendre ses débats classiques, examinons le nucléaire du point de vue, rarement mis en valeur dans l’évaluation traditionnel de ses risques, de l’impact de la crise écologique à moyen et à long terme sur notre capacité de garantir la gestion et la maîtrise de cette technologie. Il en découlera un argument en faveur d’une sortie lente et réfléchie du nucléaire accompagnée par un détournement relativement rapide de l’argent publique actuellement accordé au nucléaire vers les énergies renouvelables.

Quels sont les impacts de la crise écologique sur notre capacité de gestion des centrales nucléaires?

Lorsque l'on réfléchit sur l’exploitation future de l’énergie nucléaire, on a tendance à supposer que le monde restera plus ou moins comme il est aujourd’hui. Autrement dit, on suppose que les gros problèmes technocratiques se produiront principalement dans de petits Etats situés à la périphérie du capitalisme mondial et sans capacité d’exploitation d’énergie nucléaire (Afghanistan, Libye, Côte d’Ivoire, etc.) ; au cœur du capitalisme mondial, par contre, on estime qu’il faudrait une coïncidence improbable, comme ce fut le cas à Fukushima, pour qu’un accident important se produise.

On ignore ainsi tous les dangers possibles et probables provenant d’une progression de la crise écologique: effets du changement climatique sur notre capacité a nourrir une population mondiale croissante, risques accrus d’événements météorologiques pouvant frapper les centrales (ouragans, tsunamis, inondations), probabilité augmentée de guerres de ressources (pour l’uranium, par exemple), élévation du niveau de la mer augmentant ainsi le danger d’inondation des centrales, déplacements massifs de réfugiés fuyant des écosystèmes effondrés, entre autres. Bien sûr, on pourrait objecter que ces considérations ne s’appliqueront probablement pas à la France, puisque, même si elle subira certains effets du réchauffement climatique (canicules, sécheresses, inondations), cela ne devrait pas l’empêcher de gérer ses centrales.

Mais ce type de raisonnement pose deux problèmes :

1. Le premier problème concerne la durée de vie des centrales nucléaires, estimée à environ 80 ans (5 ans de construction + 30 à 60 ans d’activité + 30 ans de démantèlement). Si l’on tient également compte du temps de planification, cela veut dire qu’une centrale nucléaire conçue aujourd’hui pourrait toujours être présente sur terre en 2100. Mais qui peut dire ce que sera devenue la France en 2100, surtout lorsque l'on considère que le changement climatique pourrait facilement atteindre 3 ou 4º C par la fin de ce siècle et que ses effets sur les écosystèmes, l’économie mondiale, et les relations internationales sont si difficilement prévisibles? D’ailleurs, lorsqu’on y ajoute le problème de la gestion et du stockage de déchets radioactifs à plus long terme (jusqu’à 100 000 ans), les dangers d’une poursuite à moyen et à long terme du projet nucléaire deviennent encore plus difficiles à ignorer, même en France.

2. Le deuxième problème survient en raison de l’importance accordée à la filière nucléaire par la France et, par conséquent, de la forte présence internationale de ses entreprises nucléaires. Il va de soi que l’investissement massif par l’Etat dans les recherches nucléaires (90% du financement des recherches énergétiques entre 1946 et 1992) a joué un rôle prépondérant dans l’implantation de sociétés comme EDF et Areva partout dans le monde (Europe, Etats Unis, Amérique du Sud, Afrique et Asie). Certes, ces activités contribuent à la croissance économique de la France et elles le feront d’autant plus que le monde poursuit le chemin nucléaire ; mais il n’empêche que cette stratégie favorise la prolifération de centrales nucléaires, et, en ce sens-là, le privilège accordé à la filière nucléaire joue un rôle important dans la création de nouvelles centrales à travers le monde.

De ce point de vue, les accords signés en 2008 par Areva pour la construction de nouvelles centrales nucléaires en Chine sont une conséquence directe d’un choix politique pris par le gouvernement français. Mais qui peut dire dans quel état sera la Chine en 2100 ? Peut-être que ce pays, souffrant dès lors d’une grave crise environnementale provoquée par sa croissance industrielle frénétique de la première moitié du siècle, ne pourra plus maîtriser ses soixante-deux centrales aujourd’hui en phase de construction ou de planification, sans parler des autres centrales qu’elle pourrait construire par la suite.

Dans cette optique, les accidents de Tchernobyl et de Fukushima sont tous les deux instructifs. Tchernobyl nous apprend que des pays subissant une forte dégénération technocratique interne, comme c’était le cas de la Russie en 1986, ne sont pas en position de gérer des centrales nucléaires. Fukushima, quant à lui, nous apprend qu’à la différence du monde conçu par la science classique, où il suffit d’analyser des risques en modifiant un paramètre à la fois, les grands dangers consistent en une coïncidence de plusieurs facteurs liés entre eux, comme les séismes et les tsunamis.

A la lumière de ces deux constats, pouvons-nous être sûrs que, dans 50 à 100 ans, il n’y aura pas, quelque part dans le monde, de grave dégénération technocratique déclenchée par la crise écologique et mettant en danger la capacité d’un ou plusieurs pays à gérer leurs parcs nucléaires? Bien sûr que non. De plus, dans une telle situation, on peut facilement imaginer des choix extrêmement difficiles : ou bien dépenser de l’argent pour nourrir un peuple souffrant des impacts de la désertification sur la production agricole, ou bien démanteler une centrale nucléaire dangereuse à un coût extrêmement élevé. Le mieux serait tout simplement d’éviter toute possibilité d’un tel choix.

Contre ce bilan plutôt pessimiste, on pourrait répondre que, faible émetteur de gaz à effet de serre, le nucléaire est en effet un outil puissant contre le réchauffement climatique. Dans cette optique, l’opinion de James Lovelock –célèbre théoricien de « Gaia », l’idée que la terre est un grand système autorégulé– n'est pas dénuée d'intérêt. D’une part, Lovelock croit qu’il est probablement trop tard pour lutter efficacement contre le réchauffement climatique et qu’il nous faut plutôt nous préparer à nous adapter à un monde beaucoup plus chaud ; d’autre part, il préconise l’adoption à grande échelle du nucléaire, faible émetteur de gaz à effet de serre. Mais ces deux constats s’entrechoquent : le pire scénario serait sans doute un monde gravement touché par le changement climatique, mais dans lequel il subsiste des centaines, voire des milliers, de centrales nucléaires pouvant dès lors s’avérer extrêmement difficile à maîtriser.

Dans cette perspective, la poursuite du développement nucléaire constitue tout simplement un pari énorme : le projet actuel de la maîtrise techno-scientifique de la nature se poursuivra au moins jusqu’en 2100, résistant et même domptant tout problème écologique issu de ce même projet, partout dans le monde. Ceci ne veut pas dire que je prédis de grandes catastrophes écologiques, mais simplement que de telles catastrophes figurent parmi les scénarios possibles de l’avenir (ceux de l’IPCC, par exemple) et qu'il serait imprudent de les exclure aujourd'hui de nos calculs.

En vue de ces arguments, la question que nous devrions poser aujourd’hui n’est pas celle de savoir s'il y aura, dans les mois ou les années à venir, un grave accident nucléaire en France lié à une insuffisance de sûreté dans nos centrales actuelles. Elle est plutôt celle de savoir si l'on veut contribuer à la prolifération internationale de centrales nucléaires à moyen et à long terme, alors que l’avenir global nous présente autant de risques (changement climatique, guerres de ressources, population croissante, effondrement d’écosystèmes) qui mettraient en péril un parc nucléaire mondial pouvant bientôt dépasser mille réacteurs.

Pourtant, de même que la logique de cette position va à l’encontre d’un renouvellement du projet nucléaire, elle nous apprend également qu’il faut se méfier de ceux qui en préconisent une sortie trop rapide. A court terme, les risques des centrales nucléaires actuellement exploitées ne sont pas très élevés ; ce n’est qu’à moyen et à long terme qu’apparaît la folie de parier sur le nucléaire. Il faut donc éviter à la fois la démarche allemande, qui consiste à effectuer une sortie hâtive du nucléaire entraînant sans doute une hausse de consommation de combustibles fossiles, et la démarche opportuniste de la droite française: faire quelques faibles concessions à courts termes aux anti-nucléaires (fermeture de Fessenheim, revue de la sûreté des centrales existantes) et ensuite, s’il n’y a pas de graves accidents dans les mois ou tout au plus les années à venir (et il n’y en aura sans doute pas), revenir à une politique de soutien, de renouvellement, et d’expansion nationale et internationale de l’industrie nucléaire française.

A l’encontre de ces deux démarches également précipitées et irréfléchies, un autre chemin se présente: ne pas investir dans une nouvelle génération de réacteurs et détourner les fonds de recherches énergétiques actuellement accordés au nucléaire vers les énergies renouvelables, lesquelles, en cas de grave crise écologique menant éventuellement à une moindre maîtrise de la nature, seront à la fois beaucoup plus facilement exploitables et infiniment moins susceptibles d’amplifier de façon presque inimaginable d’éventuels désastres écologiques. Néanmoins, en attendant les fruits de ces investissements dans les énergies renouvelables –qui pourraient fournir 80% de nos besoins énergétiques par 2050, selon l’IPCC–, rien ne nous empêche de continuer à exploiter nos centrales nucléaires actuelles, voire, dans certains cas, de prolonger leur durée de vie. Il nous faudra sortir du nucléaire, mais de façon lente et réfléchie.


Henry J. Dicks

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Le Pen et les primaires, par Pierre Haroche

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Quoique l’on pense de la fiabilité des sondages à plus d’un an de la présidentielle, on peut s’accorder sur un point : la présence de Marine Le Pen au second tour est désormais une hypothèse crédible. Alors que l’on agite le scénario d’un nouveau 21 avril dans tous les sens, à l’endroit et à l’envers, il convient de souligner une différence de taille avec 2002 : le temps.

En 2002, les premiers sondages donnant Jean-Marie Le Pen et Lionel Jospin au coude à coude étaient intervenus dans les derniers jours de la campagne et aucun média n’avait mis en lumière le risque d’élimination du socialiste. Le 21 avril, beaucoup d’électeurs de gauche s’étaient abstenus ou s’étaient reportés sur des "petits" candidats, et avaient finalement été amèrement surpris par le résultat. Cette fois, les dits sondages interviennent alors que la campagne n’a pas commencé et que les candidats ne sont pas encore déclarés. Tout le monde a le temps d’anticiper.

Imaginons (ce qui n’est pas encore certain) que l’hypothèse actuelle se confirme, c'est-à-dire Le Pen, Sarkozy et le candidat socialiste à quelques points d’écart les uns des autres. Il est une question qu’il faudra bien se poser : voter disons Jean-Luc Mélenchon ou Eva Joly, est-ce voter pour l’élimination de la gauche ? Il est à parier que beaucoup hésiteront, même parmi leurs partisans les plus convaincus. Le phénomène auquel nous pourrions alors assister serait celui d’une dé-primarisation du premier tour de la présidentielle. En effet, lorsque la gauche et la droite classique sont certaines d’être représentées au second tour, le premier tour peut prendre des allures de primaires dans chaque camp, l’exemple typique étant 1995 et le duel Chirac-Balladur. Mais si l’extrême droite est dans le duo de tête, alors ce jeu n’a plus de sens. Tout l’enjeu est de se qualifier. La présidentielle tend à devenir une élection à un seul tour.

Et c’est là que l’initiative socialiste d’organiser des primaires ouvertes à tous les électeurs de gauche pourrait prendre une dimension nouvelle. Ces primaires ont été beaucoup critiquées notamment parce qu’elles encouragent la compétition fratricide entre des candidats qui devront se rassembler à la présidentielle. Mais si le premier tour devient le tour décisif, ce grand débat interne à la gauche devient alors salutaire. L’appel à "voter utile" au premier tour aura une toute autre légitimité dès lors que les électeurs écologistes, du Front de Gauche, voire centristes, auront eu l’occasion de participer à la désignation du candidat socialiste. Si tout est décalé d’un cran, alors c’est au primaires que devront s’exprimer les tendances internes à la gauche et au premier tour de la présidentielle que le candidat commun devra l’emporter.

Bien entendu, tout cela est encore hypothétique. Bien entendu, les électeurs de la gauche non socialiste ne trouveront pas forcément leur bonheur parmi les candidats à la primaire ouverte, quoique l’éventail des pressentis ne soit pas négligeable. Mais il faut se souvenir qu’en 2002, ce n’était pas tant le Front national qui avait gagné des électeurs que la gauche qui s’était démobilisée. Au lieu d’entrer dans des débats misérables du type "à qui profite la montée du FN ?", prendre les devants par une dynamique mobilisatrice et qui plus est démocratique, voilà le véritable enjeu.


Pierre Haroche

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La nation, qu'en faire ? Le problème des opinions en démocratie, par Jeanne-Marie Roux



Aujourd'hui, en pleine crise des retraites, au rythme où les sujets de l'actualité politique se remplacent les uns les autres, la question de "l'identité nationale" semble loin. Le débat sur la définition de l'identité française a en effet débuté il y a un an. Un an, pensez-vous. Cela étant, il est loin d'avoir complètement disparu des mémoires, et cela manifeste sans doute à quel point il touche au coeur des tourments de notre début de XXIème siècle. La polémique qui s'est développée autour du traitement de la question rom par le gouvernement a été l'une des occasions de sa reviviscence; dans un cas comme dans l'autre, le spectre menaçant était le même : la cristallisation, à charge ou à décharge, des identités de groupe, et ses fidèles amis, la discrimination et la confrontation des groupes ainsi catalogués. Or, la question de "l'identité nationale" garde, selon nous, toute son actualité. Non seulement parce qu'elle permet de saisir l'une des caractéristiques de la politique du gouvernement que nous subissons depuis 2007, mais surtout parce qu'elle touche à ce problème de fond qui sous-tend toute conception de la démocratie, et donc toute politique démocratique, celui de son domaine et de son échelle d'action.

Car quelle est l'échelle à laquelle la démocratie prétend aujourd'hui s'exercer ? Elle est nationale, bien sûr, mais aussi en principe européenne. Or, on le sait bien, en dépit du fait qu'il y a bel et bien des institutions démocratiques à l'échelle européenne, et qu'il existe un indéniable effort pour les renforcer, les Français n'ont que très peu la sensation que l'Europe est leur domaine d'action politique en tant que corps politique. Ils n'ont, en somme, que très peu l'impression qu'il existe un corps politique européen auquel ils appartiendraient. Leur relation à cette unité politique est distante et méfiante. Il n'y a pas de corps, s'il est ce que l'on vit comme étant, certes parfois dans une certaine étrangeté, réellement intime. A fortiori, il est évident qu'il n'y a actuellement aucun corps politique mondial, et ce quelque soient les efforts des organisations internationales pour coordonner des politiques au niveau mondial. Elles sont et demeurent, précisément, internationales. Les médias, l'économie, les mouvements sociaux, la culture, l'écologie, eux, oui, ont une réelle dimension mondiale. Mais de corps politique mondial, point. Et c'est sans doute là l'une des causes de la désaffection croissante des Français envers le politique et la démocratie : ils ne leur proposent plus de moyens d'actions à l'échelle des problèmes qu'ils rencontrent.

En effet, si l'on en croit Rousseau, qu'est ce que la démocratie ? C'est l'ensemble du peuple qui décide pour l'ensemble du peuple. Mais si par la démocratie on ne décide plus que pour un ensemble qui apparaît, à l'échelle de bon nombre de problèmes du siècle, et peut-être les plus essentiels, comme un pauvre microcosme, la démocratie n'apparaît plus que comme un leurre, hautement symbolique, extrêmement précieux, et irremplaçable, mais vain, et presque inutile. Cela est d'autant plus vrai quand, comme c'est le cas actuellement, le gouvernement instrumentalise cet état d'impuissance accrue de la démocratie, et renvoie la responsabilité de presque tous ses choix à des faits, à des dynamiques qui le dépasseraient, et ce même lorsqu'il dispose encore d'une marge de manoeuvre : la libéralisation des services publics, c'est la faute de l'Europe, le démantelement de notre système social -et ces cinq petits mots sont bien petits pour dire toute la souffrance et la régression que cela représente-, c'est la faute de la mondialisation. Et pour parfaire le tableau, le reste des choix politiques gouvernementaux est justifié par des faits bruts et des chiffres : l'augmentation de l'espérance de vie est par exemple considérée comme responsable du déficit du régime des retraites mais aussi du déficit de la sécurité sociale... Et d'ailleurs, les Allemands ont bien accepté d'augmenter l'âge du départ en retraite, eux ! Nous sommes tous finalement mis en situation de minorité politique sans influence sur le cours de leur vie, condamnés à faire comme tout le monde, c'est-à-dire à subir comme tout le monde. On se demande, en fait, par quel miracle des gens vont encore voter puisque, de toute façon, leur explique-t-on, nous n'avons aucun choix, aucun pouvoir. Ce que fait le gouvernement, en niant l'effectivité de la décision politique, c'est tout simplement un crime envers la démocratie.
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Qu'est-ce qu'un élu ?, par Matthieu Niango



La réforme des retraites a passé la tête. Le corps suivra bientôt. Impossible d’en douter : Nicolas Sarkozy le pense fort mais ne peut plus le dire, que "ce n’est pas la rue qui gouverne". Ce ne sont pas non plus ses ministres et les députés, majoritairement opposés au bouclier fiscal, mais lui tout seul, le premier des élus de la France, qui dirige. De la France ou des Français ? Ce n’est pas la même chose. Et n’est pas élu des Français celui en qui plus personne ne voit l’harmonisateur de l’intérêt général.

C’est qu’en effet le mot d’élu appelle deux interprétations bien différentes. L’une, qu’on pourrait dire "fonctionnaliste", fait de l’élu la simple voix des électeurs, l’incarnation des fins multiples et divergentes de ceux qui lui ont accordé l’honneur de dire et faire leur volonté. Il ne serait alors que le chargé d’affaires du peuple. Quelqu’un qui disposerait simplement de plus de temps et de largeur de vue pour embrasser les positions contradictoires et les faire tenir ensemble. Quelqu’un qui devrait toujours rendre compte de ce qu’il fait, et serait dans l’obligation de se soumettre ou de se démettre.

L’autre conception de l’élu avance masquée. Elle qui ne dit pas son nom, il faut pourtant l’appeler "légitimiste", qui fait du suffrage populaire la "vox dei", et dispose implicitement que l’élu a été choisi par une force supérieure dont nous n’aurons été que les intermédiaires. Ce député, ce conseiller ou ce ministre savent mieux que nous ce qu’il faut faire. Placé sous l’ombre de Capet et de la fiole de Reims, l’Elu ainsi conçu n’a de compte à rendre qu’à Dieu―ou, plus prosaïquement, aux nécessités imposées par la chose même : financement des retraites, dynamisme de l’économie nationale, qui exigeraient, là, le rallongement de la durée de travail, ici, les cadeaux faits à des Français si méritants qu’ils sont prêts à partir pour gagner quelques sous. Et taisez-vous si vous n’êtes pas d’accord.

C’est cette seconde conception de l’Elu qui s’est peu à peu répandue dans le corps malade de la démocratie représentative. Les Français, en accordant leurs suffrages, semblent toujours devoir renoncer à parler pour eux-mêmes afin de laisser d’autres parler à leur place. En particulier, au lieu de s’exprimer et d’agir au nom des Français, le Président agit et s’exprime au nom de ce qu’il estime être l’intérêt de la France, pays dont il serait l’intercesseur, seul initié aux secrets sibyllins qui règlent son Destin (et dont un séjour post-électoral sur un yacht lui aura sans doute délivré les délices cruels).

Mais il n’est pas le seul à concevoir l’élu comme au-dessus de la mêlée. Ainsi, dans une interview donnée à France Inter le 13 octobre dernier, un opposant aussi légitime à cet exercice solitaire du pouvoir que Dominique de Villepin (grand élu devant l’Eternel, mais devant lui seulement) n’hésitait pas à demander au président de "concéder" au Peuple un moratoire sur la deuxième partie de la réforme des retraites. Adressons nos suppliques au roi, qui les transmettra ensuite à Dieu, lequel, seul, nous gouverne.

La gauche n’a pas l’air de vouloir se pencher sérieusement sur la question démocratique. Le Premier socialiste porte pourtant le titre de Premier Secrétaire. Pourquoi avoir alors abandonné l’idéal de démocratie directe que le peuple de gauche devrait décidément placer à l’horizon de sa maturité ? Peuple d’enfants qui veut que l’on décide pour lui, et qui demande, naïvement, à ce qu’on aille voter comme on remplirait un devoir. Allez voter ! Libres à l’instant de mettre un bulletin dans l’urne, puis esclaves jusqu’à la prochaine fois. Autant vouloir aller gaiement se faire couper les cordes vocales.
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Pour une nouvelle convention-cadre des Nations Unies sur le changement climatique, par Henry J. Dicks



Reprenant en cela une analyse grammaticale, Emmanuel Lévinas effectue une distinction entre trois personnes: le Moi, l’infiniment Autre, et le tiers. Quelle relation existe-t-il entre ces trois personnes ? Lorsque le Moi se trouve face à l’infiniment Autre, il sera tenté d’agir de manière égoïste et donc de le réduire au même, selon l’expression de Lévinas. Si le Moi se comporte de façon éthique, il reconnaîtra son obligation infinie vers l’Autre et respectera donc son altérité. Cette situation originelle est compliquée par l'émergence d'un tiers. A partir de là, le Moi a aussi des obligations envers ce tiers, et c’est à ce moment que, selon Lévinas, commence la politique. Cette façon de comprendre l’éthique et la politique à partir des relations interpersonnelles peut nous aider à comprendre les problèmes les plus généraux concernant les négociations internationales sur le changement climatique.


A la suite de l’échec de Copenhague, tout le monde s’est fait mutuellement des reproches d’avoir bloqué un accord contraignant de réduction d’émissions. Il serait cependant naïf de dire que cet échec est la faute de la Chine, des États-Unis, ou de quelque autre pays ; si les négociations ont échoué, c’est en raison de la structure de la Convention-cadre des Nations Unies sur le changement climatique (CCNUCC). 

Cette convention-cadre, adoptée à Rio de Janeiro en 1992, dont l’accomplissement principal est le Protocole de Kyoto, divise le monde en deux ensembles : les pays développés (dits Annexe I) et les pays en développement (dits Non-Annexe I). Dans ce cadre, les pays BRIC (Brésil, Russie, Inde, et Chine) sont des pays en développement, au même titre que les pays les plus pauvres d’Afrique ou que les petits États insulaires les plus touchés par le changement climatique. Après vingt ans de croissance économique –en Chine et ailleurs– ce cadre n’a plus aujourd'hui de sens.
 
La conséquence de cet anachronisme est que les pays développés ont passé leur temps, pendant la Conférence de Copenhague, à contester la catégorisation de la Chine comme pays en développement, essayant, selon l’expression de Lévinas, de la "réduire au même", c’est-à-dire de la classifier comme un pays développé. La Chine, elle, s’est vivement attachée au statut de pays en développement que lui attribue le Protocole de Kyoto. La seule réponse qui permettra une résolution à cette impasse est de reconnaître que la Chine (comme les autres pays BRIC) n’est ni un pays développé au même titre que les États-Unis, ni un pays en développement au même titre que l’Éthiopie. Autrement dit, il faut abandonner la distinction binaire "développé/en développement" en faveur d’une approche qui reconnaît l’existence de trois parties distinctes, chacune ayant des responsabilités communes mais différenciées.

Cette approche peut se concevoir dans une perspective levinassienne : lorsque nous, les pays riches, négocions avec la Chine, nous avons un devoir absolu de lui laisser développer son économie et nous ne pouvons pas lui dire: "vous être est dans une situation similaire à la nôtre". Mais la présence d’un tiers complique cette situation et rend possible une solution politique ; nous avons également des responsabilités envers les pays les plus pauvres qui sont nullement dans la même situation que la Chine, et, uniquement pour cette raison-là, nous pouvons également demander des réductions d’émissions de la part de la Chine.

Une conclusion s’impose : il faut abandonner la CCNUCC en faveur d’une nouvelle convention-cadre qui divise le monde en trois parties et qui soit à la fois grammaticalement et politiquement correcte.



Henry J. Dicks

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Question de tactique, par Pierre Haroche



Rassembler pour gagner. Voilà un adage des plus récurrents et apparemment des plus évidents de notre vie politique. C’est en l’appliquant que Chirac puis Sarkozy ont conquis le pouvoir, grâce au rouleau compresseur de l’unité de la droite que constitue l’UMP. C’est en échouant à l’appliquer que la gauche et le PS ont connu défaite sur défaite, incapables de dépasser les querelles internes.


Oui, mais voilà, les dernières élections régionales sont venues mettre à mal ce bon sens apparent. D’un côté, la droite rassemblée dans des listes uniques dès le premier tour, de Jean-Marie Bockel à Philippe de Villiers, s’est retrouvée sans réserve de voix au second tour. De l’autre la gauche, partie en ordre dispersé, a proposé aux Français une offre suffisamment diversifiée pour ratisser large, du Front de Gauche à Europe Ecologie, en passant par le PS, et a atteint un niveau historique par l’addition de ses forces au second tour. La victoire par la diversité : serait-ce le nouveau slogan à la mode ?

Bien entendu, personne n’a jamais pensé qu’une élection se jouait uniquement sur des choix tactiques. Mais cet exemple est une bonne occasion de s’interroger sur leur valeur réelle, toutes choses étant égales par ailleurs, et d’en tirer des enseignements pour la suite.

Tentons d’inverser les données du problème. Et si le rassemblement n’était pas la condition mais le produit de la victoire ? Et si l’éclatement n’était pas la cause mais le symptôme de la défaite ? L’unité de la droite s’est en effet construite à partir de ses succès présidentiels (l’UMP était au départ l’Union pour la majorité présidentielle), car face à un Président fort, les opposants internes n’ont que le choix entre le ralliement et la marginalité. Par un mouvement mécanique aussi simple, ce sont les défaites de la gauche qui, par l’appel d’air que crée un leadership faible, ont légitimé toutes les compétitions internes.

Et que voit-on aujourd’hui ? Dominique de Villepin s’apprête à fonder un nouveau parti pour offrir une alternative à droite. Le dernier remaniement ministériel tente de colmater les brèches en rappelant en hâte les proscrits d’hier, notamment François Baroin le chiraquien et Georges Tron le villepiniste. Bref, la défaite a relancé à droite ce qui était réputé être une exception culturelle de la gauche : les manœuvres d’appareil.

Quelle leçon en tirer ? Préconiser la tactique du rassemblement ou la tactique de la diversité n’a que peu de sens, tout simplement parce que ce ne sont pas des tactiques, mais des reflets du rapport de force. Poser des clivages, construire des majorités en s’appuyant sur des projets, voilà les vraies tactiques. Le rassemblement des ambitions et des appareils quant à lui viendra toujours au secours d’une dynamique victorieuse.

Lao Tseu l’a dit : « Seul le sage montre l’étoile. L’imbécile regarde le doigt. »



Pierre Haroche

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Qu'attendre des élections au Royaume-Uni ?, par Henry J. Dicks



Il est quasiment certain que David Cameron, le chef de fil du parti conservateur, deviendra le nouveau premier ministre du Royaume Uni en mai 2010, date des prochaines élections législatives. Depuis plus d’un an, son parti devance le parti travailliste d’au moins 10% dans les sondages, et il y a peu de chance que cela change dans les mois à venir. Tout le monde le sait... sauf peut-être Gordon Brown.


Que les choses paraissent, à ce point, jouées d'avance, ne manque pas d'originalité. En voici quelques raisons.

  • Après douze ans au pouvoir et deux victoires législatives consécutives, tout le monde commence à s'ennuyer du "New" Labour, qui n'est plus si neuf, et commence à lasser. Même les électeurs travaillistes les plus fidèles imaginent de plus en plus voter pour le camp adverse.

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Les deux corps de l'Europe, par Pierre Haroche



Alors que le Conseil européen vient de nommer le Belge Herman Van Rompuy pour devenir son premier président stable, la plupart des commentateurs expriment leur déception. Quoi ? Cet inconnu, le "président de l’Europe" ? La clef-de voute du traité de Lisbonne ? Celui qui était censé donner un visage à l’Union, face à ses citoyens et face au monde, ne sera en fait qu’une personnalité de compromis un peu falote ?


En fait, cette déception est tout à fait révélatrice de l’ambigüité profonde de l’Union européenne d’aujourd’hui. D’un côté, tout dans le discours officiel des dirigeants européens, des défenseurs du projet de Constitution puis du traité de Lisbonne, cherchait à entretenir l’espoir d’un président fort et charismatique, d’une sorte d’homologue du président des Etats-Unis. Mais d’un autre côté, absolument rien dans le dispositif institutionnel prévu ne permettait de corroborer ces attentes. Et comme toujours en politique, la réalité a fini par rattraper le mythe.

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L'autre droite, par Matthieu Niango



Après avoir imité Lamartine (non tant par ses vers que par ses échecs politiques), Dominique de Villepin s’est pris pour Zola en lançant des "J'accuse" contre son ancien rival, auquel il tend à présent, au terme d’un procès sur lequel aucun média ne s’est efforcé, Le Monde mis à part, de projeter toute la clarté requise, une main qui ne vaut plus grand-chose.


Mais qu’on ne détourne pas trop vite les yeux d’une confrontation si pathétique : elle est fort instructive sur l’état actuel de la majorité, tout comme le serait, et plus encore, le procès de Jacques Chirac, s’il avait jamais lieu.

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Le voile des illusions, par Pierre Haroche



Barack Obama vient de se voir attribuer le prix Nobel de la paix. Déjà les discussions vont bon train à travers le globe sur la précocité de la récompense : est-ce bien raisonnable à moins d'un an de mandat ? le mérite-t-il vraiment ? etc. Nous n'entrerons pas dans ce débat car après tout le comité d'Oslo est un acteur politique parmi d'autres avec sa propre stratégie et les « coups » de ce genre en font partie.


Plus intéressante est la motivation du prix car c'est là qu'apparaissent les véritables enjeux de la décision : "Le comité a attaché une importance particulière à la vision et au travail d'Obama pour un monde sans armes nucléaires". La vraie question n'est donc pas de savoir si Barack Obama a mérité un prix, mais bien si la dénucléarisation du monde mérite un prix Nobel de la paix. Car c'est bien de cela dont il s'agit.

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Pourquoi les électeurs socialistes ont-ils voté "Europe Ecologie" ? par Mathias Chichportich



Si les enjeux du scrutin et la faible participation électorale doivent inviter à rester prudent dans l’analyse, une chose est claire, en ce lendemain de scrutin: Martine Aubry et François Bayrou doivent se mettre au vert!

Le succès obtenu par les listes d’"Europe Ecologie" traduisent les vertus d’une campagne menée avec audace et cohérence.


Aussi paradoxal que cela puisse paraître, il fallait être audacieux pour parler d’Europe lors de ces élections européennes. Plutôt que de se laisser porter par les mouvements supposés de l’opinion, les listes de Daniel Cohn-Bendit n’ont pas hésité à affirmer leur conviction. A l’heure où les français sont prétendument méfiants à l’égard de l’Union, il fallait être audacieux pour défendre sans frilosité le projet d’une Europe fédérale.

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Economie et écologie: dépasser le paradigme de la recherche scientifique, par Henry J. Dicks



La France est un pays de philosophes. Alors donc que la philosophie se tient à l’écart de la vie de tous les jours dans les pays anglo-saxons, en France, la philosophie fait partie de la texture même de la société. Le succès de l’existentialisme au milieu du XXe siècle en témoigne. C’est pour cela, d’ailleurs, que la grande tendance philosophique française de la fin du siècle dernier, le postmodernisme, a pu connaître un si grand succès à travers toutes les disciplines, et que l’on étudie Foucault, Derrida, Lyotard, et Baudrillard non seulement dans les départements de philosophie mais aussi dans des départements de sciences humaines et de littérature. Mais le postmodernisme français est-il capable de penser la crise écologique qui, selon presque tout le monde, définira le XXIe siècle?

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Réformes: néo-libéralisme ou néo-bonapartisme ? par Pierre Haroche



D’importants mouvements de contestation agitent depuis maintenant plusieurs mois les universités et les hôpitaux contre les réformes en cours. Mais malgré le climat de grogne généralisée, ces revendications sont souvent considérées avec suspicion par une opinion encore largement formatée par la grille de lecture sarkozyste : d’un côté il y a le camp de la réforme, de ceux qui veulent adapter la France à la compétition internationale ; de l’autre il y a le camp de l’immobilisme, des intérêts catégoriels qui souhaitent avant tout protéger leurs privilèges. Et Christophe Barbier, le directeur de L’Express, a beau jeu de s’étonner devant ces profs qui "refusent d’avoir un patron". Le résultat brutal de ce clivage mal posé, c’est que les socialistes, qui devraient être en pointe sur ces sujets, sont aujourd’hui inaudibles. Ne voulant ni désavouer leur électorat, ni se faire les portes-drapeau du corporatisme, ils se taisent. Tout simplement.
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La morale et l'argent, par Pierre Haroche



Moraliser le capitalisme, voilà le nouveau cheval de bataille de Nicolas Sarkozy. En ces temps de crise, chaque jour apporte son lot d’indignations sur ces hauts dirigeants qui continuent à être inondés de bonus, stock options et autres parachutes dorés, alors même que leurs entreprises licencient et reçoivent des aides de l’Etat. Mais en focalisant le débat sur l’immoralité et l’indécence des patrons qui refusent de renoncer à leurs millions, on occulte en réalité la vraie question.


Que l’ex-PDG de Valeo ait accepté 3,2 millions d’euros d’indemnité, au fond, toute personne ayant un jour été tentée de jouer au Loto peut le comprendre. Plus intéressant serait de se demander pourquoi son conseil d’administration, qui l’a renvoyé en raison de "divergences stratégiques", lui a accordé une telle somme. La vérité qui dérange c’est qu’avec ou sans crise, avec ou sans aides de l’Etat, les revenus des dirigeants d’entreprises n’ont tout simplement rien à voir avec leur compétence ou avec leurs efforts mais sont plus souvent le résultat de rentes de situation.

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Born again party, par Pierre Haroche



Le parti socialiste est-il mort ? Cette question s’impose à tout lecteur de la presse de ces derniers jours. Le chœur unanime des analystes et autres éditorialistes se complait en effet à annoncer la décomposition du parti socialiste, certains pour s’en lamenter, d’autres pour s’en réjouir, voire à s’inquiéter pour la santé de la démocratie française condamnée désormais à survivre sans opposition sérieuse. Pour y voir plus clair, reprenons dans l’ordre les étapes de cette catastrophe supposée.


Acte I : le Congrès manqué. Les « querelles d’ego », l’absence de solidarité ont raison de l’unité du parti. Les différentes motions refusent de fusionner et s’en remettent au vote des militants. Mais est-ce vraiment une mauvaise chose ? Uniquement si l’on reste attaché à une vision archaïque du parti où le vote des militants n’est rien et où les marchandages nocturnes de la commission des résolutions sont tout. Une vision quasi clientéliste dans laquelle les chefs de motion sont suivis aveuglément par leurs troupes et dirigent le parti entre eux, en se répartissant des postes à huis clos. En réalité, l’échec du Congrès a été une bonne chose car il a permis l’avènement de la démocratie et de la transparence.

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"The Change we need": sens de l'histoire et révolution écologique, par Henry J. Dicks



Tout le monde l'explique depuis quelques mois, et en particulier depuis hier soir: ces élections présidentielles américaines sont d'une importance "historique". Mais lorsque l’on parle d’histoire, il faut forcément prendre un peu de recul et se demander ce qu’un tel événement veut dire à long terme. En l’occurrence, il me semble qu'à une échelle historique, le point crucial de l'élection de Barack Obama porte sur le rapport entre les Etats-Unis et l’Europe. Le slogan "Country First" mis en avant par McCain, de même que sa stratégie tardive consistant à présenter la politique d'Obama comme du "socialisme européen" incarnent, jusque dans leur échec, l'importance de cet enjeu.

Dès lors, une question se pose avec acuité: ce "changement" sur lequel Obama a tant insisté pendant sa campagne, dont les Etats-Unis ont, d'après lui, tant besoin, serait-il possible qu'il vienne pour partie de l'Europe?

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Présidentielle américaine: ce que nous apprennent les débats, par Julien Jeanneney



A trois semaines de l'élection présidentielle américaine, les spectateurs américains ont pu apprécier quatre débats entre les candidats à l'élection présidentielle : trois entre Barack Obama et John McCain (derrière une tribune d'abord, les candidats s'adressant au journaliste et aux caméras; puis au milieu d'une arène de citoyens; attablés, enfin, l'un en face de l'autre, à la manière des débats que nous connaissons en France), et un entre les candidats à la vice-présidence, Joe Biden et Sarah Palin. Les confrontations audiovisuelles jouissent aux Etats-Unis d'une aura comparable à celle des rendez-vous d'entre-deux-tours pendant les campagnes présidentielles françaises. Les prestations, diffusées simultanément sur de nombreuses chaînes, ont un double impact sur le public américain, à la fois direct –ce candidat m'a-t-il convaincu?– et indirect –comment s'est-il tiré de cet exercice difficile? Analysés avec un regard français, ces débats présentent plusieurs intérêts: ils nous permettent sans doute de mieux comprendre la manière dont fonctionne le système politique américain; mais la singularité de cette élection, que beaucoup qualifient déjà d'historique, rend l'analyse du comportement des candidats encore plus stimulante, et pousse à s'interroger sur ce que les personnages politiques français pourraient en tirer. Par-delà un habitus politique universel –une manière de s'exprimer afin de toucher certaines franges particulières de l'électorat, un usage plus ou moins modéré de la démagogie– les particularités de ces exercices politiques sont riches en enseignements.
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Journal italien, par Francesco Avvisati



La pause estivale m’avait déjà donné l’occasion d’assister de près aux tourments du Labour anglais ; le week-end qui clôt l’été m’a permis de prendre le pouls d'un autre grand parti de gauche en crise, le Parti démocrate italien.


La déprime semble gagner de plus en plus les sympathisants du parti démocrate. Produire un consensus, susciter l’adhésion, agréger les espoirs, le parti est bien loin aujourd’hui de remplir ce rôle qui fut jadis celui des grands partis de la gauche italienne.

En perte de vitesse dans les sondages, les dirigeants et militants du parti sont aujourd’hui en mal d’espoir. Le parti se cherche. Ainsi, la semaine dernière a été marquée par l’école d’été de Cortona, promue par les jeunes dirigeants ; l’initiative témoigne de la volonté de lire la société, de l’interpréter, pour préparer le passage à l’action, le changement politique.

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Les leçons de La Rochelle, par Mathias Chichportich



Que restera t-il de l’édition 2008 de l’université d’été de La Rochelle ? Sans doute davantage que les prophéties musicales de Ségolène Royal, les cent pas mélancoliques de Pierre Moscovici et les chassés-croisés d’Arnaud Montebourg. Pourtant c’est, semble t-il, le scoop du week-end : il existe des ambitions au parti socialiste. Si nul ne conteste la légèreté et l’opportunisme de certains comportements, il est néanmoins naïf et réducteur de limiter l’analyse à une simple lutte de personnes. Naïf, car ce serait prétendre que l’absence d’un leader incontesté à la tête d’un grand parti de gouvernement n’ouvre pas de facto une querelle d’ambitions. Réducteur, car l’université d’été de La Rochelle aura présenté nombre de grands enjeux des mois à venir.
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Le miroir géorgien, par Pierre Haroche



Un gouvernement tente de soumettre par la force une minorité séparatiste, une grande puissance intervient au nom du devoir d’ingérence afin de prévenir un « génocide » et, sa mission accomplie, reconnaît l’indépendance des peuples "libérés" qui laissent éclater leur joie et leur reconnaissance dans la liesse populaire. Dans le même temps, à des milliers de kilomètres, d’autres grandes puissances, apparemment insensibles au droit des peuples, protestent contre la violation de l’intégrité territoriale d’un Etat souverain.

Le scénario qui s’est joué ces dernières semaines en Géorgie est un grand classique et ressemble même un peu à un cliché, à la manière d’un blockbuster hollywoodien. C’est du moins l’impression qu’il donnerait si les rôles n’avaient pas été si bizarrement distribués. A la surprise du public, ce sont les Russes qui se font cette fois les champions de l’ingérence humanitaire, tandis qu’Américains et Européens endossent les habits ringards des défenseurs de l’ordre établi contre la volonté des peuples.

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Qu'apprendre de la crise de la gauche anglaise ? par Henry J. Dicks



Pendant dix longues années, Gordon Brown a attendu que son grand rival quitte Downing Street. Lorsqu’il est devenu premier ministre sans opposition véritable, en juin 2007, il a vécu une douce lune de miel. A peine un an plus tard, la gauche anglaise est en crise. Quatre raisons principales permettent de l'expliquer.

1. Brown a pensé davantage à son "couronnement" qu'à un règne dans la durée. Les initiatives lancées à son arrivée n'ont pas été suivies par d'autres réformes significatives.

2. Alors que David Cameron, le chef de l’opposition conservatrice, a intégré l’écologie au sein de l’image de son parti, Brown la conçoit comme un problème supplémentaire. Son idée farfelue de bâtir de nouvelles "éco-villes" dans les régions rurales le démontre très clairement.
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