Petite chronique de la Poste ordinaire, par Sophie Duval

C’est sur la conception de la « modernisation » de nos élus que je voudrais aujourd’hui réagir, en racontant ma petite histoire.
Travaillant beaucoup, je n’ai souvent pas le temps de sortir aux horaires d’ouverture des magasins et je suis devenue petit à petit adepte de l’achat par Internet. C’est pratique, cela va vite, et je trouve exactement ce que je cherche. Je reçois mes colis dans ma boite aux lettres, ou au pire au bureau de poste deux rues derrière chez moi, qui est ouvert jusqu’à 20h. Cette évolution de la société, des modes de communication, la révolution Internet, je trouve tout cela formidable !
Oui mais, depuis quelques mois, tout est différent. J’ai eu le malheur de déménager. Oh, pas très loin, j’ai juste traversé la seine, et perdu deux arrondissements. J’ai continué mes achats habituels sans me poser de questions.
Le premier colis n’est jamais arrivé, renvoyé à l’expéditeur. Le deuxième non plus. Le troisième a été carrément perdu. Le quatrième également et c’était plus grave, il contenait ma livebox Internet et difficile de m’en passer.
Armée de mon plus beau sourire je suis donc allée demander de sérieuses explications au bureau de poste. Et voici l’explication : comme La Poste a privatisé la livraison de colis, ceux qui les livrent n’ont plus le pass pour entrer dans les immeubles parisiens (privilège des facteurs). Le livreur de colis n’a donc ni pu sonner chez moi, ni même me laisser le papier indiquant que le colis était arrivé. Il nous l’a envoyé… par la poste. Compte tenu des délais, il est arrivé plus d’une semaine plus tard dans ma boîte, je me suis précipitée à la poste… et le colis était déjà reparti car le délai de 15 jours était écoulé. Quand au coli perdu, il semble que depuis la réorganisation du centre de tri, devant permettre sa modernisation, cela arrive tout le temps.
Réaction du monsieur à La Poste : "Mais madame, il ne faut plus acheter sur Internet, il faut aller dans les magasins".
La voici donc, cette fameuse réforme de La Poste, devant permettre sa "modernisation". N’achetons plus sur Internet et privons-nous de ce bel outil.
Après tout, pour certains, la décroissance est l’avenir de la planète. Nos dirigeants seraient donc en train de faire de la France un pays terriblement moderne. Il ne me reste plus qu’à aller détacher mon cheval et mettre mon chapeau à plumes pour aller chez le tailleur.
En avant les amis, nous vivons dans une France moderne !
Sophie Duval
Les chemins de l'enfer, par Matthieu Niango

On a pu également souligner toute l'adresse d'un gouvernement qui parvient parfois à insuffler le sentiment de scandale à l'opinion, quand, précisément, la presse fait œuvre utile, en dénonçant les manipulations du pouvoir. Le président et sa suite épousent les traits de l'indignation face à des journalistes qui ont le front de leur échapper. Afin de ne pas se salir les main, ils montent alors la foule contre eux.
On a pu notamment souligner la maestria du sarkozysme d'opinion après qu'un superbe article de Paris Match, daté de septembre 2008, avait relaté dans tous ses détails les véritables circonstances de l'attaque des soldats français en Afghanistan. Tout le monde poussa les hauts cris, entraîné par le ministre de la Défense Hervé Morin, face aux photos des talibans qui arboraient les montres et les chaînettes des Français morts au front...sans lire ici, comme il aurait fallu, une dénonciation des conditions d'action de ces jeunes gens sous-équipés et mal encadrés que l'armée venait d'envoyer à la mort. O ! Pays des libertés ! Où la presse est, selon Reporters sans frontières, classée 43ème sur 150 pour ce qui est de l'indépendance, juste derrière le Surinam et la Guyana !
De façon plus générale, la droite a bien travaillé pour rendre toute fictive la liberté d'expression. Formellement préservée, elle se heurte en réalité à l'impossibilité de dire du mal de ceux qui tiennent l'accès aux canaux de diffusion, canaux sans lesquelles une telle liberté demeure lettre morte. Parlez de ce que vous voulez devant votre télévision, commentez de la façon la plus acerbe le journal que vous lisez, ou votre livre de chevet, ou ce que le Monsieur dit à la radio ; mais ne comptez pas trop accéder à l'autre côté du mur qui vous renvoie le son de vos propres critiques...
Il faudra bien que la gauche, une fois revenue aux affaires, mette bon ordre dans ces collusions malsaines, en assurant l'indépendance des médias vis-à-vis du pouvoir politique et du pouvoir économique. Mais, pour l'heure, peut-on affirmer que l'opposition favorise réellement la liberté de dire ce que l'on veut ? A-t-elle toujours bien fait entendre la voix du parler franc quand une chappe de plomb descendait sur la plupart des langues ?
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Les oubliés, par Pierre Haroche

Il existe pourtant un groupe systématiquement oublié des commémorations. Un groupe qui a chèrement payé le prix de la lutte contre le nazisme et pour lequel aucun porte-parole ne revendique un "hommage particulier". Un groupe refoulé de la mémoire collective au point que personne ne pense à s’en émouvoir. Ce groupe, ce sont les 5 millions de Français mobilisés en 1940, dont 90 000 ont été tués pendant la campagne de France, et près de 2 millions ont été internés dans des camps de prisonniers en Allemagne. La République a toujours célébré les résistants, les forces françaises libres, les alliés débarqués en 1944, mais jamais les soldats de 1940. Les "poilus" de 14-18 ont été maintes fois honorés et leurs témoignages ont été recueillis avec soin. A l’inverse la mémoire des soldats de 1940 semble toujours un sujet tabou. Comme si une convention tacite voulait qu’on ne commémore que les vainqueurs et qu’on oublie les vaincus. Comme si ces combattants n’avaient pas fait preuve d’autant de courage et de sacrifice que les autres. Comme si soixante-dix ans après, il fallait encore leur faire payer leur défaite en les effaçant de la mémoire nationale.
Contrairement à ce que laissent entendre les mythes rétrospectifs, ces hommes n’ont pas refusé de se battre, ils ne se sont pas rendus en masse et la campagne de France n’a rien eu d’une promenade pour l’armée allemande. Ces hommes se sont battus, parfois avec acharnement, comme au village de Stonne, dans les Ardennes, pris et repris dix-sept fois en quatre jours. Et ils ont été les victimes d’une défaite dont les causes n’avaient rien à voir avec leurs mérites individuels. Mourir pour la victoire est un acte héroïque. Mourir dans l’humiliation et la culpabilité de la défaite, mourir en laissant son pays, sa famille, ses amis aux mains de l’occupant est une tragédie bien plus terrible encore et qui mérite un hommage.
Ernest Renan a dit de la Nation : "Avoir souffert ensemble : oui, la souffrance en commun unit plus que la joie". Réhabiliter les oubliés de 1940 serait une preuve de maturité de la conscience nationale bien plus forte et constructive que le calamiteux débat sur l’identité nationale que nous a offert le gouvernement. Espérons qu’un jour, un Président de la République aura enfin le courage de dire : "Honneur aux vaincus".
Pierre Haroche
La paix passera par les intellectuels, par Manon Garcia

La semaine dernière, un réalisateur égyptien, Ahmed Atef, juré du festival, a décidé de démissionner pour protester contre la présence du film de cette réalisatrice. Il a été suivi par d’autres collègues. Le Quai d’Orsay a, tout d’abord, accepté de retirer le film incriminé et s’est ensuite ravisé, ouvrant la porte à une contestation de grande ampleur dans le monde du cinéma égyptien. Les intellectuels, qui ont depuis décidé de retirer les films égyptiens de la compétition et de boycotter les rencontres, accusent l’Etat français de vouloir forcer une "normalisation culturelle" qu’ils rejettent avec l’Etat hébreu.
Les accords de Camp David, instaurant la paix entre Israël et l’Egypte, ont fêté la semaine dernière leur trente-et-unième anniversaire. Chaque semaine, le président égyptien, Hosni Moubarak, dialogue avec les hommes politiques israéliens. L’Egypte fournit la majeure partie des hydrocarbures israéliens, la coopération agricole est intense… Et pourtant, les intellectuels et artistes égyptiens, dans leur majorité, refusent ce qu’ils appellent la "normalisation culturelle". Il est presque impossible pour les Egyptiens d’avoir accès à la culture israélienne et bien des artistes égyptiens refusent, contraints ou non, l’accès des Israéliens à leurs œuvres. La méfiance du monde culturel égyptien à l’égard de l’Etat hébreu avait d’ailleurs connu une publicité toute particulière lorsque Farouk Hosni, ministre de la Culture égyptien indéboulonnable depuis plus de vingt ans, avait décrété en 2008 qu’il était prêt à "brûler lui-même des livres israéliens s’il en trouvait dans les bibliothèques égyptiennes", propos qui expliquent sans doute en partie l’échec de sa candidature à la direction générale de l’Unesco.
Aujourd’hui, la position de ces intellectuels et de ces artistes semble absurde: si une chose est claire, de part et d’autre des frontières et des murs de séparation, c’est qu’il faut bâtir la paix au Proche-Orient, une paix qui passera par la construction et la reconnaissance le plus rapidement possible d’un Etat palestinien. Depuis soixante ans, la politique et la diplomatie ont montré leurs limites. Aujourd’hui, seule la société civile parviendra à faire émerger la paix. Plus que jamais, il faut favoriser le dialogue, l’échange, les initiatives communes. Et les artistes devraient être les précurseurs de cette paix future. Traditionnellement, ce sont eux qui ont été à la pointe du combat pacifiste, que ce soit pendant les deux guerres mondiales ou pendant la Guerre froide. C’est dans ce sens que la position de ces cinéastes égyptiens est grotesque. Refuser le dialogue avec le cinéma israélien aujourd’hui semble d’autant plus incompréhensible que nombre de réalisateurs représentent bien ce que l’on appelle "l’autre Israël", cette société parfois invisible de l’extérieur qui se bat au quotidien contre la colonisation, contre les violences quotidiennes infligées aux Palestiniens, et pour la paix, pour une paix juste et durable. Que penserait-on d’un pays qui refuserait de montrer les films d’Abbas Kiarostami, réalisateur iranien qui s’est vu décerner la Palme d’or au Festival de Cannes en 1997, au motif qu’il vient d’un pays misogyne, autoritaire et antisémite ?
Berlusconi et les Jeunes populaires
"Je ne parlerai qu'en présence de mon avocat !", par Mathias Chichportich

La garde à vue, mesure privative de liberté entreprise à l’encontre d’une personne suspectée d’avoir commis ou tenté de commettre une infraction, n’en finit pas de susciter la controverse. Il y a déjà plusieurs mois, l’association "Je ne parlerai qu’en présence de mon avocat" a alerté la Garde des Sceaux sur l’incompatibilité du système français avec la Convention européenne des droits de l’Homme. Soutenue récemment par le bâtonnier de Paris, Me Charrière-Bournazel, l’association milite pour que l’avocat ait accès au dossier, et qu’il soit placé aux côtés de la personne gardée à vue durant l’interrogatoire.
Les citoyens sont-ils bêtes ? par Pierre Haroche

En réalité, ce paradoxe n’est qu’apparent car il présuppose qu’à l’occasion des élections européennes, les citoyens ont véritablement le pouvoir de décider de l’avenir de l’Union. Mais est-ce bien le cas ? Les citoyens qui votent aux élections nationales ont au moins deux pouvoirs essentiels : désigner un leader et son équipe à la tête de l’exécutif d’une part ; donner un mandat à un programme législatif d’autre part. Ce sont ces deux enjeux qui structurent le débat électoral et créent un lien de responsabilité entre représentants et représentés. Or au niveau européen, les citoyens ne retrouvent aucun de ces deux pouvoirs.
Pourquoi les universités sont-elles en grève ? par Emmanuel Martin

O tempora ! O Jaurès ! par Emmanuel Martin et Matthieu Niango

Qui profère un tel impératif ?
Le citoyen lassé d'entendre les vaincus d'hier et d'avant-hier promettre la victoire demain : les jeunes lions que l'attente finira par changer en éléphants, cela va de soi ; mais aussi une arrière-garde chenue, protégée par des bataillons de militants professionnels, nommés par quelques puissants féodaux... toutes personnes que l'on imagine mal abandonner d'eux-mêmes le commandement où ils ont blanchi avec tant de délices.
100€ + 100€ = 1000€, l'inégalité face à la crise, par Jeanne-Marie Roux

Ingrid Betancourt, la Nelson Mandela du pauvre, par Matthieu Niango

1. Nelson Mandela a lutté activement contre l’apartheid, ce qui lui a valu une condamnation à 27 ans de réclusion. C’était donc un prisonnier politique. Ingrid Betancourt était candidate à la présidence de la République lorsqu’elle s’est faite enlever et enfermer pendant 6 ans par les FARC, des narcotrafiquants dont elle ne menaçait pas particulièrement les intérêts. Son emprisonnement répondait avant tout à des fins économiques et militaires (elle constituait avec d’autres otages un bouclier humain). Ce n’était donc pas une prisonnière politique.
Une visite d'Etat au Gabon, par Matthieu Niango

Un jour, je me promenais à Libreville avec un ami gabonais. Comme dans beaucoup de villes d’Afrique noire, les rues y sont bordées d’échoppes et d’étals de fruits et légumes. Un groupe de vendeuses portaient des t-shirts a l’effigie de Nicolas Sarkozy et d’Omar Bongo, qui dirige le Gabon depuis quarante et un ans. Je m’étonnai d’une telle popularité du président de la République francaise et questionnai donc mon ami.
Le matin du 27 juillet 2007, mon ami, qui est taxi, se rendit comme d’habitude au petit aéroport de Libreville. Sur le tarmac il vit descendre d’un car du parti democratique gabonais –le parti de Bongo– un groupe de femmes portant les fameux t-shirts et des banderoles du même genre. Il était six heures du matin.
La virginité, "qualité essentielle de la personne" ? par Julien Jeanneney

Nombreuses sont les voix qui se sont élevées –celle d'Elisabeth Badinter entre beaucoup d'autres– pour décrier, à juste titre, la portée rétrograde d'une telle décision par laquelle la République donne raison au mari et à son exigence de virginité.
Une once de distance critique, par Julien Jeanneney

Savoir conserver une once de distance critique est donc le moins que l'on puisse attendre de la part d'un journaliste politique. Lorsque cette distance s'efface, le journaliste s'expose non seulement à un blâme moral, mais il risque le discrédit.
Un Président redevenu candidat, par Mathias Chichportich

Les suites données à la décision du Conseil Constitutionnel concernant la rétention de sûreté illustrent pleinement la méthode présidentielle. A propos du principe de non rétroactivité, on voit mal quel montage juridique pourrait permettre à la Cour de Cassation de contourner l’une des pierres angulaires du droit pénal français et européen.
Transcender les partis, par Julien Jeanneney

L'idée d'un "front républicain" doit être saluée, dès lors que convergent ces idées, même très larges, qui sont défendues par des personnalités de différents partis. Mais l'initiative, si elle ne doit pas être sous-estimée, ne doit pas non plus être surévaluée: les intérêts d'un jour ne se pérenniseront certainement pas.
Le fétichisme du chiffre, par Francesco Avvisati

En effet, comme le PIB est calculé à partir des bénéfices des entreprises, ces 5 milliards d'euros partis à l'étranger pour une large part (pas en fumée: comme au PMU, avec les options sur les indices boursiers il y a toujours un gagnant et un perdant) pèseront à la fin de l'année dans les chiffres du PIB 2008. 5 milliards d'euros, c'est un quart de point de croissance en moins - vous voulez 3%? il faudra viser maintenant 3,25%. (0,25% de PIB, c'est ce qu'espérait gagner il y a quelques années une autre équipe gouvernementale par l'abolition d'un jour férié).
Si, comme c'est probable, les gagnants de cette "fraude" ne sont pas assujettis à l'impôt sur les sociétés français, 5 milliards de bénéfices en moins c'est aussi (au pif, évidemment) 1,6 milliards de recettes fiscales en moins: une perte d'environ 0,6% des recettes annuelles totales du trésor public. Ce sera d'autant plus dur de maintenir l'endettement en deçà des 3% par rapport au PIB. La bonne nouvelle pour l'Etat, c'est que les bénéfices au titre de l'année fiscale 2007 n'ont pas été touchés, la fraude ayant été découverte en janvier 2008: il y aura le temps de préparer ce choc sur les finances publiques...
Francesco Avvisati
Les socialistes et le traité simplifié, par Mathias Chichportich

Au fond on explique que le texte est une avancée, que la procédure est inappropriée et qu’il faut donc s’abstenir de le voter. Adopter cette posture était selon la direction le seul moyen de ne pas ouvrir un débat qui aurait laissé l’image d’un parti fracturé et ce à deux moi du scrutin municipal. Quel est le résultat d’une telle stratégie ?
A coup sûr un message inaudible. Dans une démocratie médiatique comme la nôtre peu sont les Français qui ont saisi la position exprimée par les socialistes. Beaucoup associent l’abstention au refus de voir le texte entrer en vigueur, certains y voient l’adhésion implicite à la méthode employée par le Président de la République. Peu importe ici ce que l’on pense du texte, le PS aurait gagné à tenir un discours cohérent. Dire que le Parlement n’a pas à désavouer le peuple et qu’il convient par là même de ne pas autoriser la ratification. Dire que le Traité permet un pas en avant et qu’il convient de ce fait de réviser la Constitution. Voilà qui aurait donné l’image d’un parti qui prend ses responsabilités.
