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Billets d'humeur

Les chemins de l'enfer, par Matthieu Niango

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Les médias ne sont plus libres en France : on ne tremble plus en l'écrivant car tout le monde le sait. Pseudopodes des grands groupes économiques, les journaux, la radio et la télévision, après avoir été muselés par les barons du monde de l'argent, l'ont été par ceux de la droite au pouvoir, en qui les premiers ont trouvé leur maître. On sait tout désormais des variations sur les amusements de la Cour, ou sur ses malheurs commandés, destinés à détourner l'attention des Français des vrais poblèmes. Quant à la presse d'opposition, elle n'est plus que l'ombre d'elle-même. Et Philippe Val, comme il était en lice pour devenir le patron de France Inter, d'avoir apporté à son possible protecteur la tête de Siné sur un plateau pour avoir critiqué le Prince...


On a pu également souligner toute l'adresse d'un gouvernement qui parvient parfois à insuffler le sentiment de scandale à l'opinion, quand, précisément, la presse fait œuvre utile, en dénonçant les manipulations du pouvoir. Le président et sa suite épousent les traits de l'indignation face à des journalistes qui ont le front de leur échapper. Afin de ne pas se salir les main, ils montent alors la foule contre eux.

On a pu notamment souligner la maestria du sarkozysme d'opinion après qu'un superbe article de Paris Match, daté de septembre 2008, avait relaté dans tous ses détails les véritables circonstances de l'attaque des soldats français en Afghanistan. Tout le monde poussa les hauts cris, entraîné par le ministre de la Défense Hervé Morin, face aux photos des talibans qui arboraient les montres et les chaînettes des Français morts au front...sans lire ici, comme il aurait fallu, une dénonciation des conditions d'action de ces jeunes gens sous-équipés et mal encadrés que l'armée venait d'envoyer à la mort. O ! Pays des libertés ! Où la presse est, selon Reporters sans frontières, classée 43ème sur 150 pour ce qui est de l'indépendance, juste derrière le Surinam et la Guyana !

De façon plus générale, la droite a bien travaillé pour rendre toute fictive la liberté d'expression. Formellement préservée, elle se heurte en réalité à l'impossibilité de dire du mal de ceux qui tiennent l'accès aux canaux de diffusion, canaux sans lesquelles une telle liberté demeure lettre morte. Parlez de ce que vous voulez devant votre télévision, commentez de la façon la plus acerbe le journal que vous lisez, ou votre livre de chevet, ou ce que le Monsieur dit à la radio ; mais ne comptez pas trop accéder à l'autre côté du mur qui vous renvoie le son de vos propres critiques...

Il faudra bien que la gauche, une fois revenue aux affaires, mette bon ordre dans ces collusions malsaines, en assurant l'indépendance des médias vis-à-vis du pouvoir politique et du pouvoir économique. Mais, pour l'heure, peut-on affirmer que l'opposition favorise réellement la liberté de dire ce que l'on veut ? A-t-elle toujours bien fait entendre la voix du parler franc quand une chappe de plomb descendait sur la plupart des langues ?

Comme elle n'a pas vraiment accès aux médias, la gauche, entendue au sens large, se rabat sur la loi. Que Zémour parle en termes déplaisants des Noirs et des Arabes, qu'un imbécile chanteur de rap déverse en des vers malhabiles toutes sa haine des femmes, que Nadine Morano s'en prenne aux jeunes aux casquettes à l'envers, et voici qu'on dégaine, chez SOS racisme, chez la Halde (avide de ce genre de mouvements), ou simplement chacun pour soi, toute l'artillerie des tribunaux.

Que tous ceux-là aient tort, qu'il tiennent des propos condamnables, oui, on l'accorde, mais pas condamnables par la loi. Il faut s'élever contre la volonté de faire correspondre les limites de l'illégal et du déplaisant. Je n'aime pas trop ce qu'il dit. Monsieur le juge, faite-le taire, s'il vous plait. C'est alors qu'on terrorise au lieu de raisonner. Et par là on amolit la démocratie, qui se nourrit de tensions et de débats entre des gens qui ne sont pas d'accord.

Ajoutons à cela qu'il faut préfèrer des discriminations bruyantes à des discriminations silencieuses. Si j'entends un chef d'entreprise affirmer l'inégalité des races à la télévision, je le laisse parler, et l'attends au tournant. Si ensuite les plaintes pour discriminations d'un salarié s'élèvent contre ce chef d'entreprise, les propos de ce dernier feront écho à ses actes, et c'est plus facilement qu'il sera, alors, mais seulement alors, condamné.

On saisit mieux toute l'urgence qu'il y a à créer et préserver un véritable espace de débat indépendant, où chacun puisse répondre à chacun. Si un tel monde existait, aucun micro ne serait tendu en direction d'Eric Zemmour. Il n'aurait plus dès lors qu'à croupir dans le cachot obscur de sa bêtise. Si tout le monde avait un droit égal à la parole public, le visage de Vidal-Naquet serait aussi connu que celui de Le Pen. Le problème du négationnisme, du racisme en parole, ou encore, du discours machiste n'est pas et ne doit pas être un problème légal, mais bien éditorial. A tout le moins faut-il qu'on puisse répondre et humilier les imbéciles qui s'y vautrent à longueur d'antenne, et auxquels on a la tentation funeste d'opposer aujourd'hui, nous autres victimes du sarkozysme, la force de la loi.

Il ne suffit pas d'être bien intentionné pour ne pas asservir les hommes. On se souvient que ce sont les lois Gayssot de 1990 qui ont mis le feu aux poudres des lois mémorielles, en rendant possible la poursuite de quiconque remettrait en cause la version officielle de l'Histoire. Le Parlement devait dicter ses lois à l'homme de science. Galilée se remua dans sa tombe. S'ouvrit une période qui connut son point d'orgue en 2005, quand on voulut nous faire souligner les aspects positifs de la colonisation, c'est-à-dire aimer le fouet et les chaînes. Décidément, les chemins de l'Enfer...



Matthieu Niango

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Les oubliés, par Pierre Haroche

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Le 8 mai dernier, le Président Sarkozy a commémoré la victoire de 1945 à Colmar en rendant un hommage particulier aux "malgré nous", ces Alsaciens et Mosellans incorporés de force dans l'armée allemande. L’année dernière, c’était le tour des “oubliés de la République“, les soldats coloniaux venus d’Afrique, d’être distingués le 8 mai, dans la lignée du film Indigènes. Il semble ainsi que le Président ait choisi d’instaurer une tradition de commémorations catégorielles, prenant en charge la mémoire de groupes longtemps négligés par les cérémonies officielles.


Il existe pourtant un groupe systématiquement oublié des commémorations. Un groupe qui a chèrement payé le prix de la lutte contre le nazisme et pour lequel aucun porte-parole ne revendique un "hommage particulier". Un groupe refoulé de la mémoire collective au point que personne ne pense à s’en émouvoir. Ce groupe, ce sont les 5 millions de Français mobilisés en 1940, dont 90 000 ont été tués pendant la campagne de France, et près de 2 millions ont été internés dans des camps de prisonniers en Allemagne. La République a toujours célébré les résistants, les forces françaises libres, les alliés débarqués en 1944, mais jamais les soldats de 1940. Les "poilus" de 14-18 ont été maintes fois honorés et leurs témoignages ont été recueillis avec soin. A l’inverse la mémoire des soldats de 1940 semble toujours un sujet tabou. Comme si une convention tacite voulait qu’on ne commémore que les vainqueurs et qu’on oublie les vaincus. Comme si ces combattants n’avaient pas fait preuve d’autant de courage et de sacrifice que les autres. Comme si soixante-dix ans après, il fallait encore leur faire payer leur défaite en les effaçant de la mémoire nationale.

Contrairement à ce que laissent entendre les mythes rétrospectifs, ces hommes n’ont pas refusé de se battre, ils ne se sont pas rendus en masse et la campagne de France n’a rien eu d’une promenade pour l’armée allemande. Ces hommes se sont battus, parfois avec acharnement, comme au village de Stonne, dans les Ardennes, pris et repris dix-sept fois en quatre jours. Et ils ont été les victimes d’une défaite dont les causes n’avaient rien à voir avec leurs mérites individuels. Mourir pour la victoire est un acte héroïque. Mourir dans l’humiliation et la culpabilité de la défaite, mourir en laissant son pays, sa famille, ses amis aux mains de l’occupant est une tragédie bien plus terrible encore et qui mérite un hommage.

Ernest Renan a dit de la Nation : "Avoir souffert ensemble : oui, la souffrance en commun unit plus que la joie". Réhabiliter les oubliés de 1940 serait une preuve de maturité de la conscience nationale bien plus forte et constructive que le calamiteux débat sur l’identité nationale que nous a offert le gouvernement. Espérons qu’un jour, un Président de la République aura enfin le courage de dire : "Honneur aux vaincus".



Pierre Haroche

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La paix passera par les intellectuels, par Manon Garcia

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Cette semaine devait se tenir au Centre français de culture et de coopération du Caire le festival "Les Rencontres de l’image". Cette manifestation visait à réunir les films de jeunes réalisateurs égyptiens et français. Conçue comme une fenêtre sur ces deux civilisations, elle devait permettre à ces artistes de se découvrir, de débattre, d’apprendre les uns des autres. Parmi les films sélectionnés par le centre culturel, le court-métrage de Keren Ben Rafael, élève de la Femis, grande école de cinéma française. Seulement voilà, Keren Ben Rafael est israélienne. Elle a fait ses études en France, elle vit en France, son film a été produit en France mais elle est de nationalité israélienne, l’action de son film se déroule en Israël et, comme toute jeune Israélienne, elle a fait son service militaire.


La semaine dernière, un réalisateur égyptien, Ahmed Atef, juré du festival, a décidé de démissionner pour protester contre la présence du film de cette réalisatrice. Il a été suivi par d’autres collègues. Le Quai d’Orsay a, tout d’abord, accepté de retirer le film incriminé et s’est ensuite ravisé, ouvrant la porte à une contestation de grande ampleur dans le monde du cinéma égyptien. Les intellectuels, qui ont depuis décidé de retirer les films égyptiens de la compétition et de boycotter les rencontres, accusent l’Etat français de vouloir forcer une "normalisation culturelle" qu’ils rejettent avec l’Etat hébreu.

Les accords de Camp David, instaurant la paix entre Israël et l’Egypte, ont fêté la semaine dernière leur trente-et-unième anniversaire. Chaque semaine, le président égyptien, Hosni Moubarak, dialogue avec les hommes politiques israéliens. L’Egypte fournit la majeure partie des hydrocarbures israéliens, la coopération agricole est intense… Et pourtant, les intellectuels et artistes égyptiens, dans leur majorité, refusent ce qu’ils appellent la "normalisation culturelle". Il est presque impossible pour les Egyptiens d’avoir accès à la culture israélienne et bien des artistes égyptiens refusent, contraints ou non, l’accès des Israéliens à leurs œuvres. La méfiance du monde culturel égyptien à l’égard de l’Etat hébreu avait d’ailleurs connu une publicité toute particulière lorsque Farouk Hosni, ministre de la Culture égyptien indéboulonnable depuis plus de vingt ans, avait décrété en 2008 qu’il était prêt à "brûler lui-même des livres israéliens s’il en trouvait dans les bibliothèques égyptiennes", propos qui expliquent sans doute en partie l’échec de sa candidature à la direction générale de l’Unesco.

Aujourd’hui, la position de ces intellectuels et de ces artistes semble absurde: si une chose est claire, de part et d’autre des frontières et des murs de séparation, c’est qu’il faut bâtir la paix au Proche-Orient, une paix qui passera par la construction et la reconnaissance le plus rapidement possible d’un Etat palestinien. Depuis soixante ans, la politique et la diplomatie ont montré leurs limites. Aujourd’hui, seule la société civile parviendra à faire émerger la paix. Plus que jamais, il faut favoriser le dialogue, l’échange, les initiatives communes. Et les artistes devraient être les précurseurs de cette paix future. Traditionnellement, ce sont eux qui ont été à la pointe du combat pacifiste, que ce soit pendant les deux guerres mondiales ou pendant la Guerre froide. C’est dans ce sens que la position de ces cinéastes égyptiens est grotesque. Refuser le dialogue avec le cinéma israélien aujourd’hui semble d’autant plus incompréhensible que nombre de réalisateurs représentent bien ce que l’on appelle "l’autre Israël", cette société parfois invisible de l’extérieur qui se bat au quotidien contre la colonisation, contre les violences quotidiennes infligées aux Palestiniens, et pour la paix, pour une paix juste et durable. Que penserait-on d’un pays qui refuserait de montrer les films d’Abbas Kiarostami, réalisateur iranien qui s’est vu décerner la Palme d’or au Festival de Cannes en 1997, au motif qu’il vient d’un pays misogyne, autoritaire et antisémite ?

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Berlusconi et les Jeunes populaires



Les "jeunes populaires" ont réussi à ridiculiser la moitié du gouvernement dans une vidéo qui fait le tour de la toile depuis le début de la semaine; leur œuvre n'est pas sans rappeler le clip de campagne de Berlusconi tourné en 2008, ou l'hymne –tout aussi officiel, ce n'est pas une parodie!– lancé pour la candidature de Silvio Berlusconi au prix Nobel de la paix. Les images sont édifiantes...
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"Je ne parlerai qu'en présence de mon avocat !", par Mathias Chichportich

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À l’heure où les préfectures deviennent le lieu d’empoignades passionnées sur les valeurs abstraites de l’identité nationale, on s’étonne que, dans les couloirs de la Chancellerie, les conditions concrètes de la garde à vue fassent l’objet d’un débat aussi tiède.

La garde à vue, mesure privative de liberté entreprise à l’encontre d’une personne suspectée d’avoir commis ou tenté de commettre une infraction, n’en finit pas de susciter la controverse. Il y a déjà plusieurs mois, l’association "Je ne parlerai qu’en présence de mon avocat" a alerté la Garde des Sceaux sur l’incompatibilité du système français avec la Convention européenne des droits de l’Homme. Soutenue récemment par le bâtonnier de Paris, Me Charrière-Bournazel, l’association milite pour que l’avocat ait accès au dossier, et qu’il soit placé aux côtés de la personne gardée à vue durant l’interrogatoire.
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Les citoyens sont-ils bêtes ? par Pierre Haroche

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Les citoyens sont-ils bêtes ? C’est en substance ce que semblent se demander la plupart des commentateurs et leaders politiques. A l’approche des élections européennes, le fait majeur demeure en effet le désintérêt et l’absence totale de débat sur les questions de fond. D’où le reproche adressé par les élites aux citoyens en forme de paradoxe : vous avez exprimé votre mécontentement à l’égard de l’Union européenne lors des référendums ; maintenant que vous avez le pouvoir de décider, pourquoi refusez-vous de le prendre ?


En réalité, ce paradoxe n’est qu’apparent car il présuppose qu’à l’occasion des élections européennes, les citoyens ont véritablement le pouvoir de décider de l’avenir de l’Union. Mais est-ce bien le cas ? Les citoyens qui votent aux élections nationales ont au moins deux pouvoirs essentiels : désigner un leader et son équipe à la tête de l’exécutif d’une part ; donner un mandat à un programme législatif d’autre part. Ce sont ces deux enjeux qui structurent le débat électoral et créent un lien de responsabilité entre représentants et représentés. Or au niveau européen, les citoyens ne retrouvent aucun de ces deux pouvoirs.

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Pourquoi les universités sont-elles en grève ? par Emmanuel Martin

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Depuis quelques semaines, un mouvement de protestation qui "couvait" dans l’université –pour reprendre l’une des métaphores journalistiques assimilant les mouvements sociaux à des incendies– se propage de plus en plus largement, au point qu'une grande majorité d'établissements, à l’heure de la rédaction de ce billet, connaissent des grèves, blocages, rétentions de notes et grèves administratives, etc. Les porte-parole les plus entendus de ce mouvement sont des associations et des syndicats d’enseignants-chercheurs. Population assez peu encline à manifester bruyamment, d’ordinaire, au point que le mouvement étudiant contre la LRU (loi sur la liberté et la responsabilité des universités, votée en août 2007) lui avait reproché son indifférence coupable à l’époque. Pourquoi les universitaires, et à leur suite, les étudiants, chercheurs et personnels des universités et organismes de recherche, se mettent-ils en grève ?
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O tempora ! O Jaurès ! par Emmanuel Martin et Matthieu Niango

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« Rajeunir le parti » : c'est le mot d'ordre auquel se rallient l'ensemble des socialistes depuis quelques années. La formule enferme la conscience d'un décalage entre un parti vieillissant et un électorat avide de renouvellement.

 
Qui profère un tel impératif ?
 
Le citoyen lassé d'entendre les vaincus d'hier et d'avant-hier promettre la victoire demain : les jeunes lions que l'attente finira par changer en éléphants, cela va de soi ; mais aussi une arrière-garde chenue, protégée par des bataillons de militants professionnels, nommés par quelques puissants féodaux... toutes personnes que l'on imagine mal abandonner d'eux-mêmes le commandement où ils ont blanchi avec tant de délices.

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100€ + 100€ = 1000€, l'inégalité face à la crise, par Jeanne-Marie Roux

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Et si nous revivions la crise de 1929 ? Les moments de l’histoire auxquels sont le plus rapportés les bouleversements actuels sont bien plus récents, mais le spectre qui hante nos esprits, c’est cette crise lointaine, dont les conséquences désastreuses ont marqué l’histoire du premier vingtième siècle. Le catastrophisme si naturel à notre temps trouve dans la perspective de son retour de quoi alimenter nos angoisses sur l’avenir, ce qui ne fera pas remonter la consommation, ni l’investissement des entreprises, et ne fera pas plaisir à "monsieur son mari", ni aux quelques hommes qui habitent notre belle planète avec lui. Mais ne soyons pas fatalistes, les hommes apprennent de leurs erreurs, paraît-il, le pire n’est pas toujours sûr. Alors tâchons d’apprendre, nous aussi, des erreurs du passé. Que faire ? En 1929, ceux qui n’ont pas voulu voir la crise s’y sont mal préparés –pour notre part, nous pourrions dès aujourd’hui faire des provisions de pâtes et de sauce arrabiata, et prévoir, parce que nous sommes généreux, de les partager avec notre voisin imprévoyant. Mais nous pourrions aussi, si le cœur nous en dit, tenter de réfléchir à l’équilibre des pouvoirs que révèle une telle crise, et ne pas hésiter à le juger.
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Ingrid Betancourt, la Nelson Mandela du pauvre, par Matthieu Niango

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Comme tout le monde, j’ai accueilli avec joie la nouvelle de la libération d’Ingrid Betancourt, mais aussi avec la crainte que ce sentiment ne se transforme bientôt en agacement. Cet agacement, une comparaison trop récurrente l’a rendu réel. Car non, contrairement à ce que de nombreux médias ont bien vouloir écrire, Ingrid Betancourt n’est pas Nelson Mandela !


1. Nelson Mandela a lutté activement contre l’apartheid, ce qui lui a valu une condamnation à 27 ans de réclusion. C’était donc un prisonnier politique. Ingrid Betancourt était candidate à la présidence de la République lorsqu’elle s’est faite enlever et enfermer pendant 6 ans par les FARC, des narcotrafiquants dont elle ne menaçait pas particulièrement les intérêts. Son emprisonnement répondait avant tout à des fins économiques et militaires (elle constituait avec d’autres otages un bouclier humain). Ce n’était donc pas une prisonnière politique.

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Une visite d'Etat au Gabon, par Matthieu Niango

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Je reviens d’un voyage en Afrique, un continent dont j’ai eu la chance de traverser seul les vingt pays de la côte ouest pendant ces dix derniers mois.

Un jour, je me promenais à Libreville avec un ami gabonais. Comme dans beaucoup de villes d’Afrique noire, les rues y sont bordées d’échoppes et d’étals de fruits et légumes. Un groupe de vendeuses portaient des t-shirts a l’effigie de Nicolas Sarkozy et d’Omar Bongo, qui dirige le Gabon depuis quarante et un ans. Je m’étonnai d’une telle popularité du président de la République francaise et questionnai donc mon ami.

Le matin du 27 juillet 2007, mon ami, qui est taxi, se rendit comme d’habitude au petit aéroport de Libreville.  Sur le tarmac il vit descendre d’un car du parti democratique gabonais –le parti de Bongo– un groupe de femmes portant les fameux t-shirts et des banderoles du même genre.  Il était six heures du matin.

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La virginité, "qualité essentielle de la personne" ? par Julien Jeanneney

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Le 1er avril 2008, le Tribunal de grande instance de Lille a rendu un jugement d'annulation d'un mariage sur le fondement de l'article 180 du Code civil. Les faits sont les suivants: un homme épouse une femme qui lui affirme qu'elle est vierge; tous deux sont de confession musulmane. Le soir des noces, l'homme croit s'apercevoir que sa femme a perdu sa virginité. L'homme porte devant les tribunaux une action en annulation de ce mariage. Le juge prononce alors la nullité sur le fondement de l'article 180 du Code civil qui dispose qu'un époux peut la demander "s'il y a eu erreur dans la personne, ou sur des qualités essentielles de la personne''. En rendant une telle décision, le juge affirme que le consentement donné par les époux était vicié depuis l'origine, et que le mariage est réputé n'avoir jamais été formé.

Nombreuses sont les voix qui se sont élevées –celle d'Elisabeth Badinter entre beaucoup d'autres– pour décrier, à juste titre, la portée rétrograde d'une telle décision par laquelle la République donne raison au mari et à son exigence de virginité.
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Une once de distance critique, par Julien Jeanneney

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Le métier de journaliste politique repose sur un équilibre difficile : d'un côté, il faut être suffisamment proche de ses sources pour accéder à l'information et nourrir ses articles de commentaires "off"; de l'autre, il faut conserver la saine distance qui permettra, en toute situation, de les critiquer. Ceux des journalistes qui ne respectent pas la première règle sont condamnés à ne travailler que sur de l'information indirecte. Ceux qui ne respectent pas la seconde sacrifient leur indépendance journalistique sur l'autel d'une dangereuse complaisance. Les premiers ont du mal à faire leur travail. Les seconds font semblant de le faire, ce qui est plus grave encore.

Savoir conserver une once de distance critique est donc le moins que l'on puisse attendre de la part d'un journaliste politique. Lorsque cette distance s'efface, le journaliste s'expose non seulement à un blâme moral, mais il risque le discrédit.
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Un Président redevenu candidat, par Mathias Chichportich

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Malmené sur les questions économiques et sociales, le Président de la République tente de reprendre la main en concentrant le débat public sur un terrain qu’il estime plus favorable. La méthode est connue : susciter la polémique, se placer aux cotés des victimes puis dénoncer le politiquement correct et la pensée unique. Conscient de la piètre réaction suscitée par la proposition concernant l’enseignement de la Shoah en primaire, le voici de retour sur un sujet de prédilection : la justice et la sécurité.


Les suites données à la décision du Conseil Constitutionnel concernant la rétention de sûreté illustrent pleinement la méthode présidentielle. A propos du principe de non rétroactivité, on voit mal quel montage juridique pourrait permettre à la Cour de Cassation de contourner l’une des pierres angulaires du droit pénal français et européen. 

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Transcender les partis, par Julien Jeanneney

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Après une baisse brutale de la côte de popularité du Président de la République dans les sondages, un "appel républicain" a été publié dans le magazine Marianne pour critiquer plusieurs dérives patentes du régime. Les auteurs, de tous bords politiques –on y croise Chevènement et Villepin, Royal et Bayrou, Dupont-Aignan et Delanoë– se rassemblent autour de quatre valeurs à leurs yeux essentielles : un attachement au principe républicain, aux fondamentaux d'une laïcité ferme et tolérante, à l'indépendance de la presse et enfin aux grandes options qui ont guidé la politique étrangère de la France depuis cinquante ans.

L'idée d'un "front républicain" doit être saluée, dès lors que convergent ces idées, même très larges, qui sont défendues par des personnalités de différents partis. Mais l'initiative, si elle ne doit pas être sous-estimée, ne doit pas non plus être surévaluée: les intérêts d'un jour ne se pérenniseront certainement pas.
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Vous vous ennuyez le dimanche ? par Damien Ientile

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La liberté, c'est aussi avoir le droit de travailler le dimanche. Qui oserait s'opposer à une telle mesure ? « Si vous ne voulez pas travailler le dimanche, Madame, personne ne vous y oblige. Mais si des gens veulent travailler le dimanche, pourquoi les en empêcher ? » Du bon sens, rien de plus. C'est ce qu'il faut répondre à ceux qui s'opposent à cette nouvelle avancée des droits de l'homme, aux défenseurs ringards de l'article L221-5 du Code du travail.

Plus sérieusement, nul besoin d'être grand clerc pour deviner que ce droit se transformera rapidement en obligation pour les employés. « Mon petit Jean-Luc, si vous veniez le dimanche ? Nous avons un gros manque à gagner. Vous avez le choix, bien entendu, c'est vous qui voyez. Si vous ne voulez pas contribuer à la croissance de l'entreprise, c'est votre droit. »  Face à ce risque, qu'on ne peut sous-estimer sans faire preuve d'une excessive naïveté ou d'une cynique mauvaise foi, le travail devrait rester exceptionnel le dimanche - en notant bien qu'une accumulation d'exceptions dissimule souvent un principe !
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Le grand méchant Etat ? par Damien Ientile

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C'était à l'université d'été du Medef, face à un parterre de chefs d'entreprise en liesse. Le Président de la République annonçait que le nombre de directeurs d'administration serait divisé par deux : tonnerre d'applaudissements. L'Etat est-il donc l'ennemi naturel des entreprises ? Impôts, règlementations et autres tracasseries juridico-administratives découragent l'initiative privée, c'est bien connu. Moins d'Etat, plus d'entreprise, donc plus de richesse.

Même à la tête de l'Etat, la droite relaye et met en œuvre cette vulgate libérale. Vulgate archaïque s'il en est, qui correspond plus au modèle primitif d'une économie figée et fermée de petits producteurs, qu'à l'économie innovante et mondialisée d'aujourd'hui.

Une telle vision antinomique des relations entre les entreprises et l'Etat condamne la France à rester à la traîne de la compétition internationale et de l'économie de la connaissance. La faiblesse de nos exportations, le déficit commercial grandissant et le manque d'innovation de nos entreprises en sont les symptômes alarmants ; et le remède n'est évidemment pas la réduction drastique du rôle de l'Etat, dont les entreprises ont plus que jamais besoin.
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Le fétichisme du chiffre, par Francesco Avvisati

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En jouant avec l'argent de la Société Générale au PMU des riches, Jérôme Kerviel a fini par provoquer pour son employeur une moins-value de presque 5 milliards d'euros. Avec une victime collatérale: celui qui a imposé son fétichisme du chiffre comme stratégie de communication en matière économique, et qui ne cache pas son énervement.

En effet, comme le PIB est calculé à partir des bénéfices des entreprises, ces 5 milliards d'euros partis à l'étranger pour une large part (pas en fumée: comme au PMU, avec les options sur les indices boursiers il y a toujours un gagnant et un perdant) pèseront à la fin de l'année dans les chiffres du PIB 2008. 5 milliards d'euros, c'est un quart de point de croissance en moins - vous voulez 3%? il faudra viser maintenant 3,25%. (0,25% de PIB, c'est ce qu'espérait gagner il y a quelques années une autre équipe gouvernementale par l'abolition d'un jour férié).

Si, comme c'est probable, les gagnants de cette "fraude" ne sont pas assujettis à l'impôt sur les sociétés français, 5 milliards de bénéfices en moins c'est aussi (au pif, évidemment) 1,6 milliards de recettes fiscales en moins: une perte d'environ 0,6% des recettes annuelles totales du trésor public. Ce sera d'autant plus dur de maintenir l'endettement en deçà des 3% par rapport au PIB. La bonne nouvelle pour l'Etat, c'est que les bénéfices au titre de l'année fiscale 2007 n'ont pas été touchés, la fraude ayant été découverte en janvier 2008: il y aura le temps de préparer ce choc sur les finances publiques...


Francesco Avvisati

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Les socialistes et le traité simplifié, par Mathias Chichportich

Europe


« Nous avons décidé de ne pas faire obstacle à la ratification de ce traité. Mais nous contestons le choix du gouvernement d’avoir choisi la voie parlementaire et non le référendum » ; voilà comment le désormais célèbre Jean-Jacques Urvoas a exprimé la position du groupe socialiste sur la révision constitutionnelle préalable à la ratification du Traité de Lisbonne.

 
Au fond on explique que le texte est une avancée, que la procédure est inappropriée et qu’il faut donc s’abstenir de le voter. Adopter cette posture était selon la direction le seul moyen de ne pas ouvrir un débat qui aurait laissé l’image d’un parti fracturé et ce à deux moi du scrutin municipal. Quel est le résultat d’une telle stratégie ?
 
A coup sûr un message inaudible. Dans une démocratie médiatique comme la nôtre peu sont les Français qui ont saisi la position exprimée par les socialistes. Beaucoup associent l’abstention au refus de voir le texte entrer en vigueur, certains y voient l’adhésion implicite à la méthode employée par le Président de la République. Peu importe ici ce que l’on pense du texte, le PS aurait gagné à tenir un discours cohérent. Dire que le Parlement n’a pas à désavouer le peuple et qu’il convient par là même de ne pas autoriser la ratification. Dire que le Traité permet un pas en avant et qu’il convient de ce fait de réviser la Constitution. Voilà qui aurait donné l’image d’un parti qui prend ses responsabilités.

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