Les oubliés, par Pierre Haroche

Il existe pourtant un groupe systématiquement
oublié des commémorations. Un groupe qui a
chèrement payé le prix de la lutte contre le
nazisme et pour lequel aucun porte-parole ne
revendique un "hommage particulier". Un
groupe refoulé de la mémoire collective au
point que personne ne pense à s’en émouvoir.
Ce groupe, ce sont les 5 millions de Français
mobilisés en 1940, dont 90 000 ont été
tués pendant la campagne de France, et près
de 2 millions ont été internés dans des camps
de prisonniers en Allemagne. La République a
toujours célébré les résistants, les forces
françaises libres, les alliés débarqués en
1944, mais jamais les soldats de 1940. Les
"poilus" de 14-18 ont été maintes fois
honorés et leurs témoignages ont été
recueillis avec soin. A l’inverse la mémoire
des soldats de 1940 semble toujours un sujet
tabou. Comme si une convention tacite voulait
qu’on ne commémore que les vainqueurs et
qu’on oublie les vaincus. Comme si ces
combattants n’avaient pas fait preuve
d’autant de courage et de sacrifice que les
autres. Comme si soixante-dix ans après, il
fallait encore leur faire payer leur défaite
en les effaçant de la mémoire nationale.
Contrairement à ce que laissent entendre les
mythes rétrospectifs, ces hommes n’ont pas
refusé de se battre, ils ne se sont pas
rendus en masse et la campagne de France n’a
rien eu d’une promenade pour l’armée
allemande. Ces hommes se sont battus, parfois
avec acharnement, comme au village de Stonne,
dans les Ardennes, pris et repris dix-sept
fois en quatre jours. Et ils ont été les
victimes d’une défaite dont les causes
n’avaient rien à voir avec leurs mérites
individuels. Mourir pour la victoire est un
acte héroïque. Mourir dans l’humiliation et
la culpabilité de la défaite, mourir en
laissant son pays, sa famille, ses amis aux
mains de l’occupant est une tragédie bien
plus terrible encore et qui mérite un
hommage.
Ernest Renan a dit de la Nation : "Avoir
souffert ensemble : oui, la souffrance
en commun unit plus que la joie". Réhabiliter
les oubliés de 1940 serait une preuve de
maturité de la conscience nationale bien plus
forte et constructive que le calamiteux débat
sur l’identité nationale que nous a offert le
gouvernement. Espérons qu’un jour, un
Président de la République aura enfin le
courage de dire : "Honneur aux
vaincus".
Pierre Haroche
L'autre droite, par Matthieu Niango

Mais qu’on ne détourne pas trop vite les yeux
d’une confrontation si pathétique : elle est
fort instructive sur l’état actuel de la
majorité, tout comme le serait, et plus
encore, le procès de Jacques Chirac, s’il
avait jamais lieu.
Réformes: néo-libéralisme ou néo-bonapartisme ? par Pierre Haroche

Une visite d'Etat au Gabon, par Matthieu Niango

Un jour, je me promenais à
Libreville avec un ami gabonais. Comme dans
beaucoup de villes d’Afrique noire, les rues
y sont bordées d’échoppes et d’étals de
fruits et légumes. Un groupe de vendeuses
portaient des t-shirts a l’effigie de Nicolas
Sarkozy et d’Omar Bongo, qui dirige le Gabon
depuis quarante et un ans. Je m’étonnai d’une
telle popularité du président de la
République francaise et questionnai donc mon
ami.
Le matin du 27 juillet 2007, mon ami, qui est
taxi, se rendit comme d’habitude au petit
aéroport de Libreville. Sur le tarmac
il vit descendre d’un car du parti
democratique gabonais –le parti de Bongo– un
groupe de femmes portant les fameux t-shirts
et des banderoles du même genre. Il
était six heures du matin.
Un Président redevenu candidat, par Mathias Chichportich

Les suites données à la
décision du Conseil Constitutionnel
concernant la rétention de sûreté illustrent
pleinement la méthode présidentielle. A
propos du principe de non rétroactivité, on
voit mal quel montage juridique pourrait
permettre à la Cour de Cassation de
contourner l’une des pierres angulaires du
droit pénal français et
européen.

